Le signal que nous avions détecté après notre sortie du Warp provenait d’un objet de dimensions relativement modestes. J’ai confié à Evander la conduite des navettes chargées de l’approcher et d’en déterminer la nature.
Il s’agissait d’une sphère équipée de nombreux câbles, disposés autour de sa structure comme les membres d’un céphalopode. L’objet réagissait à nos tentatives de communication en émettant un signal, sans que nous soyons capables d’établir la nature exacte de cet échange. J’ai demandé l’avis de nos spécialistes. Notre Premier Technaugure s’est montré catégorique. À ses yeux, l’objet était hérétique et devait être détruit. Le maître des réacteurs a présenté une évaluation sensiblement différente. La technologie semblait relever de l’archéotechnologie, ce qui lui conférait une valeur potentiellement considérable. J’ai retenu cette seconde analyse, sans considérer pour autant que les réserves du Premier Technaugure étaient dépourvues de fondement. La destruction aurait définitivement éliminé le risque. Elle aurait également supprimé toute possibilité d’étude et tout bénéfice éventuel. Nous disposions des moyens nécessaires pour tenter une récupération, et rien dans les observations effectuées ne justifiait encore une mesure aussi irréversible. J’ai donc ordonné la capture. La manœuvre s’est révélée particulièrement difficile. Evander a néanmoins réussi à récupérer l’objet, qui s’est avéré être une sonde archéotechnologique.
L’opération a coûté une journée supplémentaire. Nous disposions désormais d’un objet potentiellement précieux, mais toujours imparfaitement compris.
J’ai également profité de cette période pour organiser une cérémonie de reconnaissance à l’intention de plusieurs personnes dont le service récent méritait d’être distingué. Arik, pour le courage et la vigilance dont il avait fait preuve au Castel, notamment lorsqu’il s’était exposé pour protéger notre groupe. Evander, pour la récupération de la sonde. Le maître des réacteurs, pour la qualité de son expertise. Enfin Elkia’fel, dont l’efficacité au combat et dans les soins dispensés après l’attaque des mutants avait été exceptionnelle. Cette dernière n’a pas particulièrement apprécié de recevoir les mêmes honneurs qu’Arik.
Je comprends qu’elle puisse considérer leurs parcours et leurs compétences comme incomparables. Il n’était toutefois pas question de comparer les personnes, mais de reconnaître des services effectivement rendus au VoidGazer et à ceux qui se trouvent sous ma responsabilité. La distinction me semble importante.
Je n’ignore pas les différences entre les individus qui servent à bord. Je ne considère simplement pas qu’elles rendent impossible la reconnaissance d’un mérite commun. Nous avons ensuite repris notre navigation dans le Warp. La traversée s’est une nouvelle fois montrée défavorable. Un calme plat nous a retenus pendant deux semaines supplémentaires. Huit autres jours se sont ajoutés à ce délai.
Chaque retard diminuait théoriquement nos chances de devancer les autres Libres-Marchands. Nous ne disposions cependant d’aucune information fiable sur leur propre progression. Je me suis donc abstenu de considérer notre retard comme une défaite acquise.
Au cours du voyage, nous avons également rencontré ce qui ressemblait à une épave de la taille d’une corvette. L’envoi d’éclaireurs a permis d’en apprendre davantage. Il s’agissait de marchands stryxis. Cette rencontre a finalement débouché sur plusieurs transactions.
Nous avons acquis un conteneur doté d’équipements nanomédicaux, disposant d’une centaine de charges, ainsi qu’un étrange serviteur culinaire capable de recréer des plats historiques. Un chrono-serveur, selon sa désignation. Nous avons également acheté une clé universelle, dont le dispositif occupe approximativement le volume d’une mallette et nécessite une quinzaine de minutes pour fonctionner, ainsi que des graines artificielles accompagnées d’un pot et du terreau nécessaires à leur culture.
Ces achats représentent une dépense importante. Leur utilité reste variable et, dans certains cas, entièrement à démontrer. Ils constituent néanmoins des ressources que nous ne sommes pas certains de pouvoir retrouver dans des conditions comparables.
La transaction la plus significative a porté sur la sonde archéotechnologique récemment récupérée. Nous l’avons cédée aux Stryxis en échange de huit mille fusils, d’un trône équipé d’un champ de force, de pièces destinées à l’Arvus d’Evander et d’un fuseur aeldari, un « dragon de Feu ». Il faudra évaluer ces acquisitions plus précisément, mais la quantité d’armement obtenue représente à elle seule une amélioration appréciable de nos moyens. Nous avons converti un objet dont l’emploi nous était inconnu en plusieurs ressources directement ou potentiellement exploitables.
Je considère l’échange comme satisfaisant, sous réserve de l’état réel et des propriétés de l’équipement reçu.
Nous avons repris notre route. Cette fois, c’est un cyclone dans le Warp qui s’est présenté devant nous. Notre Navigator a proposé une manœuvre faisant appel aux champs de gravité afin de nous catapulter à travers la perturbation. Dans d’autres circonstances, j’aurais probablement privilégié une solution plus conservatrice. Nous avions cependant déjà accumulé des retards considérables, et chaque jour supplémentaire risquait de compromettre notre position dans la course à la Perle Funeste. J’ai accepté. La traversée s’est déroulée dans des conditions extrêmement pénibles. Plusieurs ruptures du champ Geller ont été signalées. Les conséquences ont été aussi inquiétantes qu’incompréhensibles. Les surfaces vitrées semblaient éclater à travers le bâtiment. Les fragments étaient projetés vers les êtres vivants, comme si leur dispersion répondait à une intention plutôt qu’aux lois ordinaires du mouvement. Nous avons subi des blessures. Pourtant, à notre sortie du Warp, les surfaces étaient intactes. Les coupures que nous pensions avoir reçues n’étaient plus visibles. La douleur, elle, persistait. Il m’est difficile de décrire plus précisément un phénomène dont les effets paraissent avoir survécu à leur propre cause.
Je retiens surtout que nous avons échappé à des conséquences potentiellement bien plus graves. Il s’est également avéré qu’Elkia’fel avait pressenti le danger et tenté de m’adresser un avertissement. Arthuros aurait dû me transmettre sa communication. Je ne l’ai pas reçue à temps. La défaillance mérite d’être examinée. Une information ne présente aucun intérêt si les procédures empêchent qu’elle parvienne à celui qui doit décider. La nature particulière des perceptions d’Elkia’fel complique peut-être leur interprétation, mais ne justifie pas qu’on les néglige. Elle a demandé à disposer d’une ligne directe vers moi. J’ai considéré cette requête comme raisonnable.
Je ne peux pas lui demander de respecter notre organisation tout en maintenant des circuits de communication qui rendent ses avertissements inutilisables. Une liaison directe ne remet pas en cause la chaîne de commandement ; elle permet simplement à une information urgente de parvenir à son destinataire. Arthuros, pour sa part, s’est rendu dans les soutes afin de rencontrer Kru-sha. L’entretien s’est mal déroulé. Notre Intendant du Personnel possède des compétences remarquables lorsqu’il s’agit de gérer des êtres humains, mais ses rapports avec les xenos semblent lui poser des difficultés considérables. Je ne pense pas que cette limite puisse être résolue par la seule autorité de sa fonction. Kru-sha a néanmoins produit des grenades à effet flash et étourdissant. L’utilité de son travail est donc manifeste. Il reste à trouver les conditions permettant d’en tirer parti sans multiplier les conflits et les risques.
Trizzula m’a ensuite encouragé à m’adresser aux hommes que nous venions d’équiper. Je reconnais avoir parfois tendance à considérer les décisions matérielles comme suffisantes en elles-mêmes. Fournir des armes, entraîner des soldats et définir leurs missions me semble généralement plus utile que prononcer un discours. Elle avait cependant raison. Il est important que les hommes comprennent non seulement ce qu’on leur demande, mais aussi pourquoi leur service importe. Je me suis donc adressé à eux. L’exercice s’est mieux déroulé que je ne l’avais anticipé. J’ai eu le sentiment d’avoir été entendu, et peut-être d’avoir contribué à renforcer une confiance que la traversée venait de mettre à l’épreuve.
Je devrais probablement accorder davantage d’attention à cette dimension de mon commandement.
Puis nous sommes enfin sortis du Warp. La Perle Funeste se trouvait devant nous. Un monde d’un vert émeraude extraordinaire. Depuis l’espace, sa surface présentait une richesse de couleurs et de végétation qui contrastait presque violemment avec les semaines de ténèbres et de phénomènes hostiles que nous venions de traverser. Après tout ce que nous avions subi pour atteindre cette destination, la voir enfin possédait quelque chose d’irréel. Nous n’étions pas les premiers.
Deux bâtiments de Libres-Marchands étaient déjà présents : ceux d’Abel Gerrit et d’Hadarak Fel.
Deux seulement.
Je m’attendais à trouver davantage de nos concurrents sur place. Je ne sais pas si les autres ont été retardés, détournés ou victimes d’accidents plus graves. Leur absence nous donne néanmoins une occasion que nous aurions eu tort de tenir pour acquise. Nous avons perdu beaucoup de temps, mais manifestement pas autant que certains. Notre priorité est désormais d’exploiter cette avance relative.
Il faut organiser une première descente, déterminer les effectifs nécessaires, les appareils à engager et les moyens de préserver une liaison sûre avec le VoidGazer. Nous ne connaissons encore ni les dangers de ce monde ni les intentions des deux Libres-Marchands qui nous ont précédés. La tentation serait de débarquer rapidement des forces importantes afin de prendre possession de ce que nous sommes venus chercher.
Je préfère savoir ce que nous risquons de perdre avant de décider ce que nous pouvons raisonnablement engager. La vitesse reste nécessaire. Elle ne doit pas devenir de la précipitation.
Nous avons suffisamment payé pour apprendre cette distinction.
Il est temps de descendre.

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