Nid de frelon

Entrée par

La réception s’est poursuivie dans une ambiance qui manque singulièrement de tenue, mais nous n’étions pas là pour juger les usages locaux. Les informations dont nous avons besoin se trouvent manifestement au milieu de cette foule, et il faut donc supporter le décor autant que les convives.

Arik a fait appel à son propre groupe pour enquêter dans le Castel. L’initiative est logique ; leur profil l’est moins. Ils savent se déplacer dans des environnements douteux, reconnaître les rapports de force et obtenir des réponses là où une approche officielle échouerait. Ils savent également provoquer une bagarre avec une remarquable efficacité. J’attends donc de voir si l’opération produira davantage de renseignements que de dégâts.

Arthuros s’est montré plus discret et probablement plus rentable. Il a établi un contact commercial avec un certain Vadym Tocara et m’a organisé un entretien. La nature de ses affaires semble appartenir au commerce gris. Cela n’est pas nécessairement rédhibitoire. Les marchés périphériques ont rarement la politesse de se conformer aux catégories administratives de l’Imperium, et certaines zones d’ombre constituent de bons investissements lorsqu’on sait précisément ce que l’on achète. Je n’ai malheureusement pas pu honorer l’entretien dans la soirée. Il faudra corriger cela rapidement.

Le dîner a continué avec ses démonstrations gastronomiques. Evander a payé assez tôt le prix de sa curiosité et son estomac n’a pas supporté l’un des plats servis. Il n’était pas seul dans ce cas ; Djanko le Fléau a fini par perdre connaissance après avoir goûté l’une des préparations proposées.J’ai décidé de ne pas pousser l’exercice jusque-là. Je voulais néanmoins éviter de paraître trop prudent dans un environnement où l’excès semble constituer une forme de langage social. J’ai donc accepté un plat présenté comme un cervelet braisé à la moelle épinière d’Ork.

L’expérience ne mérite pas d’être renouvelée.

La texture était spongieuse, le goût difficilement descriptible et j’ai manqué de m’étouffer. Je suis néanmoins resté conscient et debout, ce qui semble ici constituer une forme de distinction. L’effet social fut meilleur que le plat. Moross et Calcus ont visiblement apprécié l’audace. Arik a renforcé l’impression en participant lui aussi à la dégustation. La réaction de plusieurs autres convives fut également favorable, bien que je considère encore ce genre de démonstration comme plus vulgaire qu’élégante. Lady Sun Lee semble avoir particulièrement apprécié.

Il faudra peut-être l’approcher. Nous sommes nombreux à poursuivre la Perle Funeste et aucun d’entre nous ne peut raisonnablement espérer monopoliser un monde entier dans ces conditions. Une coopération limitée, un partage d’informations ou une répartition préalable de certains bénéfices pourrait être plus rentable qu’une course entièrement hostile.

Plus tard, je suis allé m’entretenir avec Moross. Un personnage nommé Esperanza a fait son apparition au même moment. Un bouffon de petite taille, en apparence, mais dont les capacités dépassent clairement la fonction qu’il prétend occuper. Son agilité est remarquable. Il fait disparaître des objets, se déplace d’une manière qui donne parfois l’impression qu’il se téléporte et réussit à exaspérer certains convives tout en amusant les autres. Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un talent de scène, d’une aptitude particulière ou d’autre chose. Je sais en revanche qu’il est utile. J’ai même envisagé qu’il puisse trouver une place à bord du VoidGazer. Moross m’a appris qu’Esperanza pouvait être acquis pour 1 100 trônes. Le prix est suffisamment faible pour que la question ne soit pas financière mais fonctionnelle : savoir ce qu’il est réellement capable de faire, ce qu’il sait et, surtout, ce qu’il ferait si personne ne lui demandait rien.

Moross m’a également confirmé, à ma demande, qu’il était possible d’investir directement au Castel afin de remplir les soutes. Certains produits locaux, notamment alimentaires, pourraient trouver acheteur ailleurs. Cela mérite d’être étudié. La cuisine servie ce soir ne m’inspire aucune passion, mais il serait absurde de confondre goût personnel et potentiel commercial.

Lorsque je l’ai interrogé sur la vente, Moross s’est montré particulièrement satisfait de mon comportement lors du dîner et m’a assuré que les informations concernant le lieu et l’heure de la vente aux enchères seraient communiquées en fin de soirée. Il a proposé davantage en récompense de ma participation aux festivités, il acceptait de me fournir une information supplémentaire à condition que « mon Eldar fasse quelque chose ».

La formulation était médiocre.

La situation également.

Elkia’fel semblait déjà plus déplacée que nous tous dans cette réception. Si je trouvais l’atmosphère vulgaire, je n’osais imaginer ce qu’elle devait en penser. Je lui ai néanmoins transmis la demande. Elle a accepté. En échange, j’ai offert une faveur future, à sa convenance. J’ai accepté également.

Elkia’fel a retiré son casque et raconté une ancienne histoire de son peuple, remontant manifestement à une époque très lointaine. Elle y évoquait une entente ancienne entre nos peuples, des objets confiés à des gardiens et les conséquences qui suivraient leur perte ou leur profanation. Le récit sonnait davantage comme une malédiction que comme une légende. Il contenait cependant suffisamment de références à des objets précieux, rares et dangereux pour que l’intérêt des Libres-Marchands présents soit garanti. Je suppose que c’était précisément ce que Moross espérait.

Elkia’fel nous a également signalé la présence de psykers dans plusieurs suites : celle d’Abel Gerrit, celle de Jeremiah Blitz et celle de Lady Sun Lee.

Information à conserver.

Moross a ensuite tenu parole. La vente ne fonctionnera pas comme une enchère classique: chaque participant ne pourra formuler qu’une seule proposition. Elle sera acceptée ou refusée. Il ne sera pas possible d’ajuster ensuite son offre en fonction de celles des autres. Il m’a recommandé d’attendre suffisamment longtemps pour observer les premières propositions et évaluer le niveau réel de la compétition, mais pas au point de risquer d’arriver trop tard : le nombre de places permettant d’accéder à la divination est limité. C’est une information utile. Probablement la plus utile obtenue depuis notre arrivée.

La réception a finalement pris fin et les Libres-Marchands présents ont été conduits vers un vaste bâtiment mis à leur disposition. Chaque suite pouvait facilement occuper un étage entier. Les installations étaient confortables et une sécurité locale déjà présente. Trizzula avait néanmoins demandé que nos propres gardes surveillent les abords. J’ai fait inspecter ma chambre par Arik puis par Arthuros. Cette précaution a manifestement contrarié ma tante, je dois veiller à lui offrir plus d’opportunité de faire valoir sa place.

Arik, pour sa part, a décidé de dormir dans le couloir, devant ma porte, entièrement équipé. Nous occupions le cinquième étage.

L’attaque a commencé pendant la nuit. À en juger par les tirs et les communications, plusieurs étages furent frappés presque simultanément. La vigilance d’Arik et la réactivité du reste de la suite nous ont empêchés d’être totalement surpris. Nos gardes extérieurs n’avaient rien vu, lorsqu’ils ont été appelés, ils ont mis du temps à parvenir jusqu’à nous.

Les assaillants étaient donc très probablement déjà à l’intérieur du bâtiment avant le début de l’attaque. Ils étaient nombreux et extrêmement disparates, mais tous présentaient des mutations plus ou moins importantes. Certains avaient des structures osseuses transformées en armes. D’autres émettaient des gaz ou possédaient des altérations physiologiques inhabituelles. Il ne s’agissait pas d’un groupe improvisé, l’attaque était préparée.

J’ai pensé, brièvement, que les pistolets de Skylla auraient été bien employés dans ce couloir, à cet instant, j’aurais volontiers échangé quelques-uns de nos assaillants contre ses pistolets et ses commentaires.

Le fait que plusieurs suites aient été visées simultanément réduit la probabilité d’un règlement de compte strictement personnel. Il faut envisager qu’un ou plusieurs de nos concurrents aient voulu affaiblir l’ensemble des participants, ou qu’une tierce partie cherche simplement à perturber la course à la Perle Funeste.

Nous avons repoussé les assaillants, mais non sans dommages. Plusieurs membres de la suite ont été sérieusement blessés. Moi également, mais l’état de tante Trizulla est le plus préoccupant.

Arik s’est une nouvelle fois montré indispensable au combat. Elkia’fel, pour sa part, a été d’une efficacité remarquable, aussi bien dans l’affrontement que dans les soins d’urgence qui ont suivi. Son utilité n’est plus théorique.

Je retiens plusieurs éléments de cette nuit.

  • Premièrement, l’attaque a été préparée depuis l’intérieur.
  • Deuxièmement, plusieurs Libres-Marchands semblent avoir été visés.
  • Troisièmement, nos adversaires disposent de ressources suffisantes pour introduire des combattants mutants dans une résidence théoriquement sécurisée sans alerter la garde extérieure.

Enfin, nous avons désormais assez d’informations pour considérer que la compétition autour de la Perle Funeste ne se jouera pas seulement à coups d’offres, de contrats et de renseignements.

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