La carte vers les étoiles païennes

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Nous avons finalement arrêté les dispositions de notre débarquement. Quinze navettes seraient engagées : quatorze Arvus et un Aquila. Dix d’entre elles seraient ensuite affectées au ravitaillement, tandis que les autres assureraient le déploiement et le soutien de notre expédition. Evander s’est chargé de coordonner les mouvements aériens. Trizzula assurerait le commandement des forces au sol. La prudence nous avait conduits à décider que je voyagerais à bord d’un Arvus plutôt que de l’Aquila. Cette précaution s’est révélée particulièrement judicieuse. Pendant la descente, un tir de canon laser provenant de la surface a abattu l’Aquila.

Nous avons ainsi perdu un appareil avant même d’avoir établi notre première position. Si j’avais voyagé à son bord, les conséquences pour la Maison auraient pu être autrement graves. Je ne peux que me féliciter de cette décision, et regretter qu’elle ait trouvé si rapidement sa justification. Evander a organisé le ballet de nos navettes avec efficacité, permettant la poursuite du débarquement malgré cette perte.

Une fois au sol, Trizzula a pris possession d’une clairière dans laquelle nous avons entrepris d’établir un camp fortifié. Elle devait en assurer la défense, organiser les moyens de ravitaillement et préparer plusieurs pièges destinés à ralentir quiconque tenterait de nous suivre. Arthuros est resté auprès d’elle. J’ai pu constater à cette occasion l’efficacité du lieutenant Asov et de sa seconde, Veronika. Leur comportement mérite d’être relevé. Une opération de cette nature ne repose pas seulement sur les décisions du commandement, mais sur la capacité des officiers subalternes à les mettre correctement en œuvre. Pour ma part, j’ai pris la tête du détachement chargé d’atteindre la position estimée par notre Navigator.

Depuis l’espace, ce monde nous était apparu comme une immense émeraude. La jungle, une fois au sol, conservait cette beauté remarquable, mais présentait une nature bien moins accueillante. La végétation était démesurée. D’immenses fougères dominaient notre progression, leurs feuilles abritant des insectes dont nous ne connaissions ni les propriétés ni la dangerosité. Nous avons rapidement compris qu’il était préférable de ne rien toucher sans nécessité. La richesse biologique de ce monde constituait à elle seule une raison suffisante pour procéder avec prudence. En approchant des premières ruines aeldaris, la végétation prenait des proportions encore plus impressionnantes. Elkia’fel a examiné les constructions sans parvenir à déterminer leur usage précis. Elle y reconnaissait l’architecture de son peuple, mais les bâtiments semblaient n’être que les éléments d’un mécanisme beaucoup plus vaste, dont leur fonction ne pouvait être comprise isolément. Cette observation allait prendre tout son sens par la suite.

Des tirs résonnaient au loin. Nous savions donc que d’autres groupes avaient déjà engagé le combat, sans pouvoir encore déterminer contre quels adversaires. J’ai ordonné le déploiement de serviteurs destinés à récupérer tout ce qui pourrait présenter un intérêt parmi les vestiges accessibles, pendant que notre détachement poursuivait sa progression. Les occasions d’examiner des installations aussi anciennes sont trop rares pour être entièrement négligées, même lorsque les circonstances nous imposent une certaine célérité.

Nous avons ensuite rencontré un ruisseau et des indices de vie. Elkia’fel est partie en éclaireuse et a découvert trois femmes, entièrement nues, qui semblaient se baigner et s’amuser dans l’eau. Le spectacle avait quelque chose de parfaitement incongru. Les tirs étaient toujours audibles. Nous nous trouvions au milieu d’un monde inconnu, à proximité d’installations abandonnées depuis des millénaires, et ces trois personnes semblaient indifférentes à tout ce qui les entourait. J’ai préféré éviter une rencontre inutile. Si elles avaient été réellement humaines, elles auraient peut-être pu nous renseigner sur la route à suivre. Mais leur comportement évoquait davantage un piège qu’une rencontre fortuite.

Lorsque ces créatures ont détecté notre présence, elles nous ont attaqués. Elles n’avaient d’humain que l’apparence. Leurs corps évoquaient des constructions d’argile animées par une force étrangère. Lorsqu’elles furent détruites, leur matière se dissolut. À la lumière des événements qui suivirent, Elkia’fel les identifia comme des manifestations du Chaos revêtues d’une apparence humaine. Je ne sais si elles cherchaient à détourner les voyageurs, à les attirer vers l’eau ou simplement à détruire ceux qui approchaient des ruines. Leur existence constituait cependant une confirmation supplémentaire que ce monde n’avait rien du paradis que nous avions contemplé depuis l’orbite.

Plus loin, nous avons découvert le corps d’un homme appartenant manifestement à l’une des expéditions concurrentes. Son crâne avait été enfoncé et un bras arraché. Elkia’fel a immédiatement évoqué l’intervention d’un Astartes. La violence des blessures ne laissait guère de place à une explication plus ordinaire. Le communicateur du mort était encore actif. Nous avons pu entendre qu’Hadarak Fel avait été blessé et que ses hommes procédaient à son évacuation. La présence possible d’Astartes dans ces ruines changeait considérablement la nature de notre mission.

Nous avons néanmoins continué.

Un chasseur aeldari évoluait autour de la grande structure qui constituait notre objectif. Ses couleurs étaient inconnues d’Elkia’fel, ce qui ne permettait pas d’identifier son appartenance. Elle a tenté d’établir une communication avec ses occupants. Ses appels ont été reçus, mais aucune réponse ne lui est parvenue. Nous ignorions toujours si ces Aeldaris étaient venus pour la même raison que nous.

Une onde psychique a alors émané du centre de la structure. Notre Navigator m’a averti qu’une partie du monde était sur le point d’être téléportée. Ce phénomène concernait la construction elle-même, dont nous commencions à comprendre qu’elle constituait une sorte de dispositif de translation. L’idée qu’un ensemble architectural de cette taille puisse être déplacé par de tels moyens était déjà difficile à concevoir. Le fait que nous risquions de perdre notre objectif si nous tardions à l’atteindre ne nous laissait cependant guère le loisir d’en discuter. Nous avons accéléré notre progression et entrepris de gravir un escalier en colimaçon vers les parties supérieures de la structure. C’est alors que la situation s’est considérablement aggravée.

Trois Astartes voués à Slaanesh nous poursuivaient. Au-dessus de nous, deux corsaires aeldaris barraient également le passage. Elkia’fel, qui progressait en tête, nous a arrêtés avant que nous entrions dans leur champ de vision. Nous nous trouvions pris entre deux groupes dont les intentions à notre égard étaient, au mieux, incertaines. Elkia’fel a tenté d’obtenir une coopération entre les corsaires et notre détachement.

Sa tentative n’a pas abouti. Les Aeldaris nous ont finalement laissés faire face aux poursuivants, poursuivant leurs propres objectifs dans les parties supérieures de l’installation. Nous avons donc livré bataille.

Il m’est difficile de qualifier autrement que de particulièrement éprouvant l’affrontement qui a suivi. Les Astartes disposaient d’une force, d’une résistance et d’un armement sans commune mesure avec ceux d’un adversaire ordinaire. L’un employait un canon laser ; un autre une arme sonore dont les effets se sont révélés effroyables. La dissonance provoquée par cette dernière atteignait les hommes même lorsqu’ils tentaient de se protéger. Evander a manifesté une résistance étonnante à ces effets, sans même avoir pris la précaution de se mettre à couvert. Je n’ai pour l’heure aucune explication satisfaisante à cette particularité. Arik, en revanche, a été très durement touché.

Ses tympans ont subi des dommages permanents. Il faudra lui proposer un remplacement prothétique ou une solution équivalente. Après les risques qu’il a pris pour nous au Castel, et désormais ceux de cet affrontement, il serait indigne de la Maison de le laisser supporter seul les conséquences de son dévouement.

Nos hommes ont tenu. Ils ont tenu face à des adversaires capables de les tuer avec une facilité terrifiante, alors que les pertes s’accumulaient et que toute retraite semblait nous condamner à abandonner notre objectif. Je me suis personnellement engagé dans l’affrontement. Je ne considère pas qu’un capitaine doive rechercher le combat pour le seul plaisir de démontrer son courage. Mais lorsque ses hommes sont engagés dans une lutte aussi désespérée, il me semble qu’il doit, si les circonstances le permettent, montrer qu’il ne leur impose pas un danger dont il s’exempterait lui-même.

Nous avons finalement vaincu nos poursuivants. La victoire nous a coûté de nombreuses vies. Le lieutenant Asov, Veronika et l’ensemble des hommes qui ont combattu sous nos ordres ont fait preuve d’un professionnalisme et d’un courage que je tiens à souligner. Lors de notre prochaine cérémonie, je veux que ceux qui se sont distingués soient nommément cités. Je veux également que les morts soient honorés comme il convient. Leur sacrifice ne doit pas disparaître derrière la seule satisfaction d’avoir atteint notre objectif. Veronika, dont nous avions cru les blessures particulièrement graves, s’est relevée dans des circonstances qui m’ont laissé perplexe. Sa récupération paraît difficile à expliquer. Je ne souhaite pas transformer ce qui pourrait être une chance extraordinaire en accusation infondée. Néanmoins, compte tenu de la corruption présente et de la nature de nos adversaires, un examen approfondi sera nécessaire dès notre retour à bord.

Nous poursuivions notre ascension pendant que se jouait, au sommet, un autre combat. Elkia’fel avait rejoint les corsaires et leur Grand Prophète. Ce dernier était engagé dans l’activation de la structure, lorsque l’un des Astartes parvint à forcer les défenses qui le protégeaient. Deux corsaires furent tués. Le Grand Prophète entreprit alors de se replier vers son chasseur, tandis que l’Astartes qui le poursuivait projetait dans sa direction une lame hurlante. Elkia’fel s’interposa. Elle reçut le coup au flanc, permettant au Grand Prophète de poursuivre sa fuite.

Lorsque nos renforts purent intervenir, leurs tirs achevèrent l’assaillant. Nous avions remporté le combat, mais Elkia’fel était grièvement blessée. La lame demeurait fichée dans sa chair. Son arme tronçonneuse avait également été détruite sous la violence des affrontements. J’ai appris par la suite qu’elle avait recueilli les pierres spirituelles des deux corsaires tombés et recommandé leurs âmes à Ynnead, déposant auprès de leurs corps l’une de ses broderies. Ce geste m’a particulièrement frappé.

Les rapports entre Elkia’fel et les membres de son propre peuple ne sont pas toujours simples. Pourtant, malgré sa blessure et la nécessité de poursuivre notre mission, elle avait choisi de rendre aux morts les derniers devoirs qu’elle pouvait encore leur offrir. Je ne prétends pas comprendre pleinement leur signification religieuse. Je comprends, en revanche, ce que représente le devoir envers les morts. Le Grand Prophète s’était enfui, et l’énergie qui animait la structure s’était dissipée. Nous pouvions enfin examiner ce que nous étions venus chercher.

La découverte fut à la fois remarquable et quelque peu déconcertante. Ce monde n’était pas la Perle Funeste. La construction renfermait une ancienne carte stellaire aeldari. J’ai demandé à Elkia’fel de participer à son interprétation. Je savais parfaitement qu’elle avait subi des blessures graves et qu’elle aurait dû être immédiatement confiée à des soins appropriés. Je n’en éprouve pas moins un certain malaise à lui avoir demandé cet effort supplémentaire. La nécessité opérationnelle était réelle : nous ignorions combien de temps les informations resteraient accessibles, et l’arrivée possible de nouveaux adversaires nous interdisait de nous attarder. Cela ne rend pas sa situation moins pénible.

Notre cartographe a apporté son concours. Nous avons également réalisé des relevés et des images destinés à être étudiés par le Navigator et l’Explorator. Leur travail conjoint nous a permis de comprendre la véritable portée de notre découverte. La divination du Castel ne nous avait pas indiqué directement la position de la Perle Funeste. Elle nous avait conduits jusqu’à une carte ancienne et endommagée, dont la lecture nécessitait des connaissances et des perceptions que nous ne possédions pas individuellement. Cette carte était elle-même incomplète.

Plusieurs installations aeldaris, désignées sous le terme de Nexus, sont disséminées dans l’espace. Chacune conserve une partie des informations nécessaires pour déterminer la position de la Perle Funeste. Ces éléments ne se réduisent pas à de simples coordonnées matérielles. Des liens psychiques subsistent entre eux, malgré l’ancienneté et les dégradations de la carte. En réunissant les indications de plusieurs Nexus, puis en les interprétant grâce aux perceptions particulières d’un psyker — ou, mieux encore, d’un Navigator —, il devrait devenir possible de trianguler la position de la Perle Funeste et d’en déterminer l’accès. Notre destination se trouve donc encore au-delà de ce monde.

Selon Elkia’fel, il s’agirait d’un véritable monde-paradis de son peuple. Une perspective dont je mesure difficilement les conséquences. Nous ne cherchons plus seulement une planète perdue. Nous suivons les fragments d’un système de navigation aeldari, dont les vestiges pourraient nous conduire à un lieu inaccessible par les moyens ordinaires. La prochaine étape nous mènera sur le chemin des Étoiles Païennes.

Nous possédons désormais le premier élément d’un ensemble beaucoup plus vaste. Alors que nous achevions nos relevés, Abel Gerrit est arrivé avec ses hommes. Il souhaitait accéder à la carte. Sa position était suffisamment claire : un refus de notre part risquait de déboucher sur un affrontement. Nous venions de subir des pertes considérables face aux Astartes. Il m’aurait paru absurde d’en engager de nouvelles dans une querelle entre Libres-Marchands.

Je lui ai demandé de nous accorder le temps de terminer nos relevés avant que ses hommes ne pénètrent dans les lieux. Il a insisté pour s’assurer que nous ne détruirions pas les inscriptions après les avoir copiées. Je comprends sa prudence.

À sa place, j’aurais probablement exigé une garantie comparable. Nous sommes finalement parvenus à un accord entre gentilshommes. Il nous a laissé achever notre travail, et nous lui avons garanti la possibilité d’accéder à son tour aux informations. J’espère qu’il gardera le souvenir de cette coopération. Nous sommes concurrents, certes. Mais la concurrence ne doit pas nécessairement conduire à la destruction mutuelle, surtout lorsque chacun dispose encore d’une expédition à mener et de responsabilités envers ses propres hommes. Il pourrait arriver que nos positions soient inversées. Dans ce cas, j’aimerais pouvoir compter sur une réciprocité raisonnable.

Nous n’avons cependant pas eu le loisir de prolonger nos investigations. Un lourd bâtiment du Chaos venait d’apparaître en orbite et s’attaquait à la corvette d’Hadarak Fel. La présence de forces corrompues sur ce monde ne constituait donc plus seulement un danger terrestre. J’ai ordonné d’accélérer notre départ. Nous avons récupéré ce qui pouvait l’être, achevé nos opérations de ravitaillement et organisé le retour vers le VoidGazer.

Malgré les pertes subies, le bilan matériel de notre passage demeure encourageant. Les ressources et marchandises récupérées devraient apporter un peu de confort à nos finances et nous donner une marge de manœuvre dont nous avions grand besoin après les dépenses considérables de ces dernières semaines. Il faudra toutefois veiller à ne pas confondre cette amélioration avec un retour à une situation durablement saine.

Notre expédition a démontré certaines insuffisances de notre équipement. Nous avons perdu un Aquila dès la descente. Les affrontements ont rappelé les limites de la protection de nos hommes face à des adversaires particulièrement puissants. Les blessures d’Arik, celles d’Elkia’fel et les pertes de notre détachement soulignent également l’importance de disposer de moyens médicaux et d’évacuation adaptés. Une partie de nos gains devra donc être réinvestie. Il faudra étudier le remplacement des appareils perdus, renforcer l’équipement de nos troupes d’élite, améliorer leurs moyens de protection, leurs communications et leur capacité à opérer sur des mondes hostiles.

Les prochaines étapes de cette recherche nous conduiront vraisemblablement vers des lieux tout aussi dangereux. Je préfère que les ressources acquises aujourd’hui nous donnent les moyens d’y faire face demain. J’ai également renoncé à toute idée de revendiquer ce monde au nom de la Maison Vaevictis. Sa beauté est indéniable, sa richesse biologique considérable et ses installations anciennes pourraient justifier, à première vue, un intérêt dynastique. Mais la corruption y est manifeste. Des Astartes renégats parcourent ses ruines, des créatures du Chaos empruntent des apparences humaines, et des installations psychiques dépassant notre compréhension demeurent actives.

Je ne vois aucune raison d’engager les moyens de la Maison dans la possession d’un territoire que nous ne pourrions ni sécuriser ni exploiter raisonnablement. Il est parfois plus profitable de savoir ce que l’on doit abandonner. Nous avons quitté ce monde en possession d’informations précieuses, de ressources bienvenues et, peut-être, du commencement d’une relation diplomatique utile avec Abel Gerrit.

Mais nous y avons également laissé des hommes.

Il faudra établir leur nombre exact, retrouver leurs noms et faire en sorte que leur sacrifice soit reconnu. Je souhaite également m’entretenir avec Elkia’fel lorsque son état le permettra. Nous avons beaucoup exigé d’elle, et je ne suis pas certain qu’elle mesure à quel point son engagement a compté dans notre réussite. Je ne suis d’ailleurs pas certain de comprendre encore tout ce qui l’a conduite à s’interposer pour protéger ce Grand Prophète.

Quant à nos hommes, ils méritent davantage que des félicitations adressées à la hâte. Ils ont tenu face à trois Astartes du Chaos. Ils ont permis à leur capitaine de poursuivre sa mission. La Maison Vaevictis se souviendra d’eux.

Je pensais trouver ici la Perle Funeste. Nous n’avons découvert que la première pièce du chemin qui y conduit. Il faudra chercher les autres Nexus, reconstituer ce qui a été perdu et comprendre comment les anciens Aeldaris dissimulaient l’accès à ce monde. La route sera probablement longue, et nous ignorons encore ce qui nous attend au terme de cette recherche.

Mais nous possédons désormais une direction. Vers les Étoiles Païennes.

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