Auteur/autrice : Nero Vaevictis

  • La carte vers les étoiles païennes

    Nous avons finalement arrêté les dispositions de notre débarquement. Quinze navettes seraient engagées : quatorze Arvus et un Aquila. Dix d’entre elles seraient ensuite affectées au ravitaillement, tandis que les autres assureraient le déploiement et le soutien de notre expédition. Evander s’est chargé de coordonner les mouvements aériens. Trizzula assurerait le commandement des forces au sol. La prudence nous avait conduits à décider que je voyagerais à bord d’un Arvus plutôt que de l’Aquila. Cette précaution s’est révélée particulièrement judicieuse. Pendant la descente, un tir de canon laser provenant de la surface a abattu l’Aquila.

    Nous avons ainsi perdu un appareil avant même d’avoir établi notre première position. Si j’avais voyagé à son bord, les conséquences pour la Maison auraient pu être autrement graves. Je ne peux que me féliciter de cette décision, et regretter qu’elle ait trouvé si rapidement sa justification. Evander a organisé le ballet de nos navettes avec efficacité, permettant la poursuite du débarquement malgré cette perte.

    Une fois au sol, Trizzula a pris possession d’une clairière dans laquelle nous avons entrepris d’établir un camp fortifié. Elle devait en assurer la défense, organiser les moyens de ravitaillement et préparer plusieurs pièges destinés à ralentir quiconque tenterait de nous suivre. Arthuros est resté auprès d’elle. J’ai pu constater à cette occasion l’efficacité du lieutenant Asov et de sa seconde, Veronika. Leur comportement mérite d’être relevé. Une opération de cette nature ne repose pas seulement sur les décisions du commandement, mais sur la capacité des officiers subalternes à les mettre correctement en œuvre. Pour ma part, j’ai pris la tête du détachement chargé d’atteindre la position estimée par notre Navigator.

    Depuis l’espace, ce monde nous était apparu comme une immense émeraude. La jungle, une fois au sol, conservait cette beauté remarquable, mais présentait une nature bien moins accueillante. La végétation était démesurée. D’immenses fougères dominaient notre progression, leurs feuilles abritant des insectes dont nous ne connaissions ni les propriétés ni la dangerosité. Nous avons rapidement compris qu’il était préférable de ne rien toucher sans nécessité. La richesse biologique de ce monde constituait à elle seule une raison suffisante pour procéder avec prudence. En approchant des premières ruines aeldaris, la végétation prenait des proportions encore plus impressionnantes. Elkia’fel a examiné les constructions sans parvenir à déterminer leur usage précis. Elle y reconnaissait l’architecture de son peuple, mais les bâtiments semblaient n’être que les éléments d’un mécanisme beaucoup plus vaste, dont leur fonction ne pouvait être comprise isolément. Cette observation allait prendre tout son sens par la suite.

    Des tirs résonnaient au loin. Nous savions donc que d’autres groupes avaient déjà engagé le combat, sans pouvoir encore déterminer contre quels adversaires. J’ai ordonné le déploiement de serviteurs destinés à récupérer tout ce qui pourrait présenter un intérêt parmi les vestiges accessibles, pendant que notre détachement poursuivait sa progression. Les occasions d’examiner des installations aussi anciennes sont trop rares pour être entièrement négligées, même lorsque les circonstances nous imposent une certaine célérité.

    Nous avons ensuite rencontré un ruisseau et des indices de vie. Elkia’fel est partie en éclaireuse et a découvert trois femmes, entièrement nues, qui semblaient se baigner et s’amuser dans l’eau. Le spectacle avait quelque chose de parfaitement incongru. Les tirs étaient toujours audibles. Nous nous trouvions au milieu d’un monde inconnu, à proximité d’installations abandonnées depuis des millénaires, et ces trois personnes semblaient indifférentes à tout ce qui les entourait. J’ai préféré éviter une rencontre inutile. Si elles avaient été réellement humaines, elles auraient peut-être pu nous renseigner sur la route à suivre. Mais leur comportement évoquait davantage un piège qu’une rencontre fortuite.

    Lorsque ces créatures ont détecté notre présence, elles nous ont attaqués. Elles n’avaient d’humain que l’apparence. Leurs corps évoquaient des constructions d’argile animées par une force étrangère. Lorsqu’elles furent détruites, leur matière se dissolut. À la lumière des événements qui suivirent, Elkia’fel les identifia comme des manifestations du Chaos revêtues d’une apparence humaine. Je ne sais si elles cherchaient à détourner les voyageurs, à les attirer vers l’eau ou simplement à détruire ceux qui approchaient des ruines. Leur existence constituait cependant une confirmation supplémentaire que ce monde n’avait rien du paradis que nous avions contemplé depuis l’orbite.

    Plus loin, nous avons découvert le corps d’un homme appartenant manifestement à l’une des expéditions concurrentes. Son crâne avait été enfoncé et un bras arraché. Elkia’fel a immédiatement évoqué l’intervention d’un Astartes. La violence des blessures ne laissait guère de place à une explication plus ordinaire. Le communicateur du mort était encore actif. Nous avons pu entendre qu’Hadarak Fel avait été blessé et que ses hommes procédaient à son évacuation. La présence possible d’Astartes dans ces ruines changeait considérablement la nature de notre mission.

    Nous avons néanmoins continué.

    Un chasseur aeldari évoluait autour de la grande structure qui constituait notre objectif. Ses couleurs étaient inconnues d’Elkia’fel, ce qui ne permettait pas d’identifier son appartenance. Elle a tenté d’établir une communication avec ses occupants. Ses appels ont été reçus, mais aucune réponse ne lui est parvenue. Nous ignorions toujours si ces Aeldaris étaient venus pour la même raison que nous.

    Une onde psychique a alors émané du centre de la structure. Notre Navigator m’a averti qu’une partie du monde était sur le point d’être téléportée. Ce phénomène concernait la construction elle-même, dont nous commencions à comprendre qu’elle constituait une sorte de dispositif de translation. L’idée qu’un ensemble architectural de cette taille puisse être déplacé par de tels moyens était déjà difficile à concevoir. Le fait que nous risquions de perdre notre objectif si nous tardions à l’atteindre ne nous laissait cependant guère le loisir d’en discuter. Nous avons accéléré notre progression et entrepris de gravir un escalier en colimaçon vers les parties supérieures de la structure. C’est alors que la situation s’est considérablement aggravée.

    Trois Astartes voués à Slaanesh nous poursuivaient. Au-dessus de nous, deux corsaires aeldaris barraient également le passage. Elkia’fel, qui progressait en tête, nous a arrêtés avant que nous entrions dans leur champ de vision. Nous nous trouvions pris entre deux groupes dont les intentions à notre égard étaient, au mieux, incertaines. Elkia’fel a tenté d’obtenir une coopération entre les corsaires et notre détachement.

    Sa tentative n’a pas abouti. Les Aeldaris nous ont finalement laissés faire face aux poursuivants, poursuivant leurs propres objectifs dans les parties supérieures de l’installation. Nous avons donc livré bataille.

    Il m’est difficile de qualifier autrement que de particulièrement éprouvant l’affrontement qui a suivi. Les Astartes disposaient d’une force, d’une résistance et d’un armement sans commune mesure avec ceux d’un adversaire ordinaire. L’un employait un canon laser ; un autre une arme sonore dont les effets se sont révélés effroyables. La dissonance provoquée par cette dernière atteignait les hommes même lorsqu’ils tentaient de se protéger. Evander a manifesté une résistance étonnante à ces effets, sans même avoir pris la précaution de se mettre à couvert. Je n’ai pour l’heure aucune explication satisfaisante à cette particularité. Arik, en revanche, a été très durement touché.

    Ses tympans ont subi des dommages permanents. Il faudra lui proposer un remplacement prothétique ou une solution équivalente. Après les risques qu’il a pris pour nous au Castel, et désormais ceux de cet affrontement, il serait indigne de la Maison de le laisser supporter seul les conséquences de son dévouement.

    Nos hommes ont tenu. Ils ont tenu face à des adversaires capables de les tuer avec une facilité terrifiante, alors que les pertes s’accumulaient et que toute retraite semblait nous condamner à abandonner notre objectif. Je me suis personnellement engagé dans l’affrontement. Je ne considère pas qu’un capitaine doive rechercher le combat pour le seul plaisir de démontrer son courage. Mais lorsque ses hommes sont engagés dans une lutte aussi désespérée, il me semble qu’il doit, si les circonstances le permettent, montrer qu’il ne leur impose pas un danger dont il s’exempterait lui-même.

    Nous avons finalement vaincu nos poursuivants. La victoire nous a coûté de nombreuses vies. Le lieutenant Asov, Veronika et l’ensemble des hommes qui ont combattu sous nos ordres ont fait preuve d’un professionnalisme et d’un courage que je tiens à souligner. Lors de notre prochaine cérémonie, je veux que ceux qui se sont distingués soient nommément cités. Je veux également que les morts soient honorés comme il convient. Leur sacrifice ne doit pas disparaître derrière la seule satisfaction d’avoir atteint notre objectif. Veronika, dont nous avions cru les blessures particulièrement graves, s’est relevée dans des circonstances qui m’ont laissé perplexe. Sa récupération paraît difficile à expliquer. Je ne souhaite pas transformer ce qui pourrait être une chance extraordinaire en accusation infondée. Néanmoins, compte tenu de la corruption présente et de la nature de nos adversaires, un examen approfondi sera nécessaire dès notre retour à bord.

    Nous poursuivions notre ascension pendant que se jouait, au sommet, un autre combat. Elkia’fel avait rejoint les corsaires et leur Grand Prophète. Ce dernier était engagé dans l’activation de la structure, lorsque l’un des Astartes parvint à forcer les défenses qui le protégeaient. Deux corsaires furent tués. Le Grand Prophète entreprit alors de se replier vers son chasseur, tandis que l’Astartes qui le poursuivait projetait dans sa direction une lame hurlante. Elkia’fel s’interposa. Elle reçut le coup au flanc, permettant au Grand Prophète de poursuivre sa fuite.

    Lorsque nos renforts purent intervenir, leurs tirs achevèrent l’assaillant. Nous avions remporté le combat, mais Elkia’fel était grièvement blessée. La lame demeurait fichée dans sa chair. Son arme tronçonneuse avait également été détruite sous la violence des affrontements. J’ai appris par la suite qu’elle avait recueilli les pierres spirituelles des deux corsaires tombés et recommandé leurs âmes à Ynnead, déposant auprès de leurs corps l’une de ses broderies. Ce geste m’a particulièrement frappé.

    Les rapports entre Elkia’fel et les membres de son propre peuple ne sont pas toujours simples. Pourtant, malgré sa blessure et la nécessité de poursuivre notre mission, elle avait choisi de rendre aux morts les derniers devoirs qu’elle pouvait encore leur offrir. Je ne prétends pas comprendre pleinement leur signification religieuse. Je comprends, en revanche, ce que représente le devoir envers les morts. Le Grand Prophète s’était enfui, et l’énergie qui animait la structure s’était dissipée. Nous pouvions enfin examiner ce que nous étions venus chercher.

    La découverte fut à la fois remarquable et quelque peu déconcertante. Ce monde n’était pas la Perle Funeste. La construction renfermait une ancienne carte stellaire aeldari. J’ai demandé à Elkia’fel de participer à son interprétation. Je savais parfaitement qu’elle avait subi des blessures graves et qu’elle aurait dû être immédiatement confiée à des soins appropriés. Je n’en éprouve pas moins un certain malaise à lui avoir demandé cet effort supplémentaire. La nécessité opérationnelle était réelle : nous ignorions combien de temps les informations resteraient accessibles, et l’arrivée possible de nouveaux adversaires nous interdisait de nous attarder. Cela ne rend pas sa situation moins pénible.

    Notre cartographe a apporté son concours. Nous avons également réalisé des relevés et des images destinés à être étudiés par le Navigator et l’Explorator. Leur travail conjoint nous a permis de comprendre la véritable portée de notre découverte. La divination du Castel ne nous avait pas indiqué directement la position de la Perle Funeste. Elle nous avait conduits jusqu’à une carte ancienne et endommagée, dont la lecture nécessitait des connaissances et des perceptions que nous ne possédions pas individuellement. Cette carte était elle-même incomplète.

    Plusieurs installations aeldaris, désignées sous le terme de Nexus, sont disséminées dans l’espace. Chacune conserve une partie des informations nécessaires pour déterminer la position de la Perle Funeste. Ces éléments ne se réduisent pas à de simples coordonnées matérielles. Des liens psychiques subsistent entre eux, malgré l’ancienneté et les dégradations de la carte. En réunissant les indications de plusieurs Nexus, puis en les interprétant grâce aux perceptions particulières d’un psyker — ou, mieux encore, d’un Navigator —, il devrait devenir possible de trianguler la position de la Perle Funeste et d’en déterminer l’accès. Notre destination se trouve donc encore au-delà de ce monde.

    Selon Elkia’fel, il s’agirait d’un véritable monde-paradis de son peuple. Une perspective dont je mesure difficilement les conséquences. Nous ne cherchons plus seulement une planète perdue. Nous suivons les fragments d’un système de navigation aeldari, dont les vestiges pourraient nous conduire à un lieu inaccessible par les moyens ordinaires. La prochaine étape nous mènera sur le chemin des Étoiles Païennes.

    Nous possédons désormais le premier élément d’un ensemble beaucoup plus vaste. Alors que nous achevions nos relevés, Abel Gerrit est arrivé avec ses hommes. Il souhaitait accéder à la carte. Sa position était suffisamment claire : un refus de notre part risquait de déboucher sur un affrontement. Nous venions de subir des pertes considérables face aux Astartes. Il m’aurait paru absurde d’en engager de nouvelles dans une querelle entre Libres-Marchands.

    Je lui ai demandé de nous accorder le temps de terminer nos relevés avant que ses hommes ne pénètrent dans les lieux. Il a insisté pour s’assurer que nous ne détruirions pas les inscriptions après les avoir copiées. Je comprends sa prudence.

    À sa place, j’aurais probablement exigé une garantie comparable. Nous sommes finalement parvenus à un accord entre gentilshommes. Il nous a laissé achever notre travail, et nous lui avons garanti la possibilité d’accéder à son tour aux informations. J’espère qu’il gardera le souvenir de cette coopération. Nous sommes concurrents, certes. Mais la concurrence ne doit pas nécessairement conduire à la destruction mutuelle, surtout lorsque chacun dispose encore d’une expédition à mener et de responsabilités envers ses propres hommes. Il pourrait arriver que nos positions soient inversées. Dans ce cas, j’aimerais pouvoir compter sur une réciprocité raisonnable.

    Nous n’avons cependant pas eu le loisir de prolonger nos investigations. Un lourd bâtiment du Chaos venait d’apparaître en orbite et s’attaquait à la corvette d’Hadarak Fel. La présence de forces corrompues sur ce monde ne constituait donc plus seulement un danger terrestre. J’ai ordonné d’accélérer notre départ. Nous avons récupéré ce qui pouvait l’être, achevé nos opérations de ravitaillement et organisé le retour vers le VoidGazer.

    Malgré les pertes subies, le bilan matériel de notre passage demeure encourageant. Les ressources et marchandises récupérées devraient apporter un peu de confort à nos finances et nous donner une marge de manœuvre dont nous avions grand besoin après les dépenses considérables de ces dernières semaines. Il faudra toutefois veiller à ne pas confondre cette amélioration avec un retour à une situation durablement saine.

    Notre expédition a démontré certaines insuffisances de notre équipement. Nous avons perdu un Aquila dès la descente. Les affrontements ont rappelé les limites de la protection de nos hommes face à des adversaires particulièrement puissants. Les blessures d’Arik, celles d’Elkia’fel et les pertes de notre détachement soulignent également l’importance de disposer de moyens médicaux et d’évacuation adaptés. Une partie de nos gains devra donc être réinvestie. Il faudra étudier le remplacement des appareils perdus, renforcer l’équipement de nos troupes d’élite, améliorer leurs moyens de protection, leurs communications et leur capacité à opérer sur des mondes hostiles.

    Les prochaines étapes de cette recherche nous conduiront vraisemblablement vers des lieux tout aussi dangereux. Je préfère que les ressources acquises aujourd’hui nous donnent les moyens d’y faire face demain. J’ai également renoncé à toute idée de revendiquer ce monde au nom de la Maison Vaevictis. Sa beauté est indéniable, sa richesse biologique considérable et ses installations anciennes pourraient justifier, à première vue, un intérêt dynastique. Mais la corruption y est manifeste. Des Astartes renégats parcourent ses ruines, des créatures du Chaos empruntent des apparences humaines, et des installations psychiques dépassant notre compréhension demeurent actives.

    Je ne vois aucune raison d’engager les moyens de la Maison dans la possession d’un territoire que nous ne pourrions ni sécuriser ni exploiter raisonnablement. Il est parfois plus profitable de savoir ce que l’on doit abandonner. Nous avons quitté ce monde en possession d’informations précieuses, de ressources bienvenues et, peut-être, du commencement d’une relation diplomatique utile avec Abel Gerrit.

    Mais nous y avons également laissé des hommes.

    Il faudra établir leur nombre exact, retrouver leurs noms et faire en sorte que leur sacrifice soit reconnu. Je souhaite également m’entretenir avec Elkia’fel lorsque son état le permettra. Nous avons beaucoup exigé d’elle, et je ne suis pas certain qu’elle mesure à quel point son engagement a compté dans notre réussite. Je ne suis d’ailleurs pas certain de comprendre encore tout ce qui l’a conduite à s’interposer pour protéger ce Grand Prophète.

    Quant à nos hommes, ils méritent davantage que des félicitations adressées à la hâte. Ils ont tenu face à trois Astartes du Chaos. Ils ont permis à leur capitaine de poursuivre sa mission. La Maison Vaevictis se souviendra d’eux.

    Je pensais trouver ici la Perle Funeste. Nous n’avons découvert que la première pièce du chemin qui y conduit. Il faudra chercher les autres Nexus, reconstituer ce qui a été perdu et comprendre comment les anciens Aeldaris dissimulaient l’accès à ce monde. La route sera probablement longue, et nous ignorons encore ce qui nous attend au terme de cette recherche.

    Mais nous possédons désormais une direction. Vers les Étoiles Païennes.

  • Un cyclone dans le Warp

    Le signal que nous avions détecté après notre sortie du Warp provenait d’un objet de dimensions relativement modestes. J’ai confié à Evander la conduite des navettes chargées de l’approcher et d’en déterminer la nature.

    Il s’agissait d’une sphère équipée de nombreux câbles, disposés autour de sa structure comme les membres d’un céphalopode. L’objet réagissait à nos tentatives de communication en émettant un signal, sans que nous soyons capables d’établir la nature exacte de cet échange. J’ai demandé l’avis de nos spécialistes. Notre Premier Technaugure s’est montré catégorique. À ses yeux, l’objet était hérétique et devait être détruit. Le maître des réacteurs a présenté une évaluation sensiblement différente. La technologie semblait relever de l’archéotechnologie, ce qui lui conférait une valeur potentiellement considérable. J’ai retenu cette seconde analyse, sans considérer pour autant que les réserves du Premier Technaugure étaient dépourvues de fondement. La destruction aurait définitivement éliminé le risque. Elle aurait également supprimé toute possibilité d’étude et tout bénéfice éventuel. Nous disposions des moyens nécessaires pour tenter une récupération, et rien dans les observations effectuées ne justifiait encore une mesure aussi irréversible. J’ai donc ordonné la capture. La manœuvre s’est révélée particulièrement difficile. Evander a néanmoins réussi à récupérer l’objet, qui s’est avéré être une sonde archéotechnologique.

    L’opération a coûté une journée supplémentaire. Nous disposions désormais d’un objet potentiellement précieux, mais toujours imparfaitement compris.

    J’ai également profité de cette période pour organiser une cérémonie de reconnaissance à l’intention de plusieurs personnes dont le service récent méritait d’être distingué. Arik, pour le courage et la vigilance dont il avait fait preuve au Castel, notamment lorsqu’il s’était exposé pour protéger notre groupe. Evander, pour la récupération de la sonde. Le maître des réacteurs, pour la qualité de son expertise. Enfin Elkia’fel, dont l’efficacité au combat et dans les soins dispensés après l’attaque des mutants avait été exceptionnelle. Cette dernière n’a pas particulièrement apprécié de recevoir les mêmes honneurs qu’Arik.

    Je comprends qu’elle puisse considérer leurs parcours et leurs compétences comme incomparables. Il n’était toutefois pas question de comparer les personnes, mais de reconnaître des services effectivement rendus au VoidGazer et à ceux qui se trouvent sous ma responsabilité. La distinction me semble importante.

    Je n’ignore pas les différences entre les individus qui servent à bord. Je ne considère simplement pas qu’elles rendent impossible la reconnaissance d’un mérite commun. Nous avons ensuite repris notre navigation dans le Warp. La traversée s’est une nouvelle fois montrée défavorable. Un calme plat nous a retenus pendant deux semaines supplémentaires. Huit autres jours se sont ajoutés à ce délai.

    Chaque retard diminuait théoriquement nos chances de devancer les autres Libres-Marchands. Nous ne disposions cependant d’aucune information fiable sur leur propre progression. Je me suis donc abstenu de considérer notre retard comme une défaite acquise.

    Au cours du voyage, nous avons également rencontré ce qui ressemblait à une épave de la taille d’une corvette. L’envoi d’éclaireurs a permis d’en apprendre davantage. Il s’agissait de marchands stryxis. Cette rencontre a finalement débouché sur plusieurs transactions.

    Nous avons acquis un conteneur doté d’équipements nanomédicaux, disposant d’une centaine de charges, ainsi qu’un étrange serviteur culinaire capable de recréer des plats historiques. Un chrono-serveur, selon sa désignation. Nous avons également acheté une clé universelle, dont le dispositif occupe approximativement le volume d’une mallette et nécessite une quinzaine de minutes pour fonctionner, ainsi que des graines artificielles accompagnées d’un pot et du terreau nécessaires à leur culture.

    Ces achats représentent une dépense importante. Leur utilité reste variable et, dans certains cas, entièrement à démontrer. Ils constituent néanmoins des ressources que nous ne sommes pas certains de pouvoir retrouver dans des conditions comparables.

    La transaction la plus significative a porté sur la sonde archéotechnologique récemment récupérée. Nous l’avons cédée aux Stryxis en échange de huit mille fusils, d’un trône équipé d’un champ de force, de pièces destinées à l’Arvus d’Evander et d’un fuseur aeldari, un « dragon de Feu ». Il faudra évaluer ces acquisitions plus précisément, mais la quantité d’armement obtenue représente à elle seule une amélioration appréciable de nos moyens. Nous avons converti un objet dont l’emploi nous était inconnu en plusieurs ressources directement ou potentiellement exploitables.

    Je considère l’échange comme satisfaisant, sous réserve de l’état réel et des propriétés de l’équipement reçu.

    Nous avons repris notre route. Cette fois, c’est un cyclone dans le Warp qui s’est présenté devant nous. Notre Navigator a proposé une manœuvre faisant appel aux champs de gravité afin de nous catapulter à travers la perturbation. Dans d’autres circonstances, j’aurais probablement privilégié une solution plus conservatrice. Nous avions cependant déjà accumulé des retards considérables, et chaque jour supplémentaire risquait de compromettre notre position dans la course à la Perle Funeste. J’ai accepté. La traversée s’est déroulée dans des conditions extrêmement pénibles. Plusieurs ruptures du champ Geller ont été signalées. Les conséquences ont été aussi inquiétantes qu’incompréhensibles. Les surfaces vitrées semblaient éclater à travers le bâtiment. Les fragments étaient projetés vers les êtres vivants, comme si leur dispersion répondait à une intention plutôt qu’aux lois ordinaires du mouvement. Nous avons subi des blessures. Pourtant, à notre sortie du Warp, les surfaces étaient intactes. Les coupures que nous pensions avoir reçues n’étaient plus visibles. La douleur, elle, persistait. Il m’est difficile de décrire plus précisément un phénomène dont les effets paraissent avoir survécu à leur propre cause.

    Je retiens surtout que nous avons échappé à des conséquences potentiellement bien plus graves. Il s’est également avéré qu’Elkia’fel avait pressenti le danger et tenté de m’adresser un avertissement. Arthuros aurait dû me transmettre sa communication. Je ne l’ai pas reçue à temps. La défaillance mérite d’être examinée. Une information ne présente aucun intérêt si les procédures empêchent qu’elle parvienne à celui qui doit décider. La nature particulière des perceptions d’Elkia’fel complique peut-être leur interprétation, mais ne justifie pas qu’on les néglige. Elle a demandé à disposer d’une ligne directe vers moi. J’ai considéré cette requête comme raisonnable.

    Je ne peux pas lui demander de respecter notre organisation tout en maintenant des circuits de communication qui rendent ses avertissements inutilisables. Une liaison directe ne remet pas en cause la chaîne de commandement ; elle permet simplement à une information urgente de parvenir à son destinataire. Arthuros, pour sa part, s’est rendu dans les soutes afin de rencontrer Kru-sha. L’entretien s’est mal déroulé. Notre Intendant du Personnel possède des compétences remarquables lorsqu’il s’agit de gérer des êtres humains, mais ses rapports avec les xenos semblent lui poser des difficultés considérables. Je ne pense pas que cette limite puisse être résolue par la seule autorité de sa fonction. Kru-sha a néanmoins produit des grenades à effet flash et étourdissant. L’utilité de son travail est donc manifeste. Il reste à trouver les conditions permettant d’en tirer parti sans multiplier les conflits et les risques.

    Trizzula m’a ensuite encouragé à m’adresser aux hommes que nous venions d’équiper. Je reconnais avoir parfois tendance à considérer les décisions matérielles comme suffisantes en elles-mêmes. Fournir des armes, entraîner des soldats et définir leurs missions me semble généralement plus utile que prononcer un discours. Elle avait cependant raison. Il est important que les hommes comprennent non seulement ce qu’on leur demande, mais aussi pourquoi leur service importe. Je me suis donc adressé à eux. L’exercice s’est mieux déroulé que je ne l’avais anticipé. J’ai eu le sentiment d’avoir été entendu, et peut-être d’avoir contribué à renforcer une confiance que la traversée venait de mettre à l’épreuve.

    Je devrais probablement accorder davantage d’attention à cette dimension de mon commandement.

    Puis nous sommes enfin sortis du Warp. La Perle Funeste se trouvait devant nous. Un monde d’un vert émeraude extraordinaire. Depuis l’espace, sa surface présentait une richesse de couleurs et de végétation qui contrastait presque violemment avec les semaines de ténèbres et de phénomènes hostiles que nous venions de traverser. Après tout ce que nous avions subi pour atteindre cette destination, la voir enfin possédait quelque chose d’irréel. Nous n’étions pas les premiers.

    Deux bâtiments de Libres-Marchands étaient déjà présents : ceux d’Abel Gerrit et d’Hadarak Fel.

    Deux seulement.

    Je m’attendais à trouver davantage de nos concurrents sur place. Je ne sais pas si les autres ont été retardés, détournés ou victimes d’accidents plus graves. Leur absence nous donne néanmoins une occasion que nous aurions eu tort de tenir pour acquise. Nous avons perdu beaucoup de temps, mais manifestement pas autant que certains. Notre priorité est désormais d’exploiter cette avance relative.

    Il faut organiser une première descente, déterminer les effectifs nécessaires, les appareils à engager et les moyens de préserver une liaison sûre avec le VoidGazer. Nous ne connaissons encore ni les dangers de ce monde ni les intentions des deux Libres-Marchands qui nous ont précédés. La tentation serait de débarquer rapidement des forces importantes afin de prendre possession de ce que nous sommes venus chercher.

    Je préfère savoir ce que nous risquons de perdre avant de décider ce que nous pouvons raisonnablement engager. La vitesse reste nécessaire. Elle ne doit pas devenir de la précipitation.

    Nous avons suffisamment payé pour apprendre cette distinction.

    Il est temps de descendre.

  • Le prix de la divination

    Nous avons quitté la résidence peu après la fin de l’assaut. Les combats avaient cessé, mais les couloirs portaient encore les traces de ce qui venait de s’y produire. Plusieurs dizaines de mutants avaient pénétré dans le bâtiment et attaqué simultanément les suites des Libres-Marchands. Le décompte provisoire faisait état de plus de cinquante assaillants.

    Moross était présent avec ses troupes. Il avait manifestement décidé de reprendre personnellement la situation en main et nous a garanti que son armée assurerait la surveillance des lieux jusqu’au matin. Ses hommes avaient également identifié le moyen par lequel les assaillants avaient déjoué la garde extérieure : d’anciens accès, supposés condamnés, débouchaient au pied du bâtiment.

    L’explication est satisfaisante sur le plan matériel. Elle ne l’est pas sur le plan de la sécurité. Des dizaines d’individus ont pu emprunter ces passages, pénétrer dans une résidence hébergeant plusieurs des personnages les plus puissants du Castel et conduire une attaque coordonnée. Cela suppose au minimum une connaissance précise de l’installation et de ses faiblesses.

    Selon les informations officielles, tous les Libres-Marchands présents ont été attaqués. Notre groupe semble néanmoins avoir supporté une part particulièrement importante de l’assaut. Il faudra vérifier cette impression lorsque les rapports seront disponibles.

    Deux des invités ont mis davantage de temps à nous rejoindre : Jeremiah Blitz et le baron Djanko Fléau. Tous deux avaient été assaillis. Le second souffrait encore visiblement des conséquences de ses expériences gastronomiques de la veille.

    Un élément demeure difficile à expliquer : les pertes parmi les Libres-Marchands et leurs suites sont relativement faibles au regard des moyens engagés.

    Plus de cinquante mutants, une infiltration soigneusement préparée, plusieurs attaques simultanées et finalement peu de victimes parmi les principales cibles supposées.

    S’agissait-il réellement de nous tuer ?

    Je ne dispose pas d’éléments suffisants pour répondre. L’attaque pouvait servir à affaiblir certains concurrents, à créer une diversion, à mesurer les capacités de nos escortes ou à poursuivre un objectif dont nous ignorons encore l’existence.

    Il serait prématuré de privilégier une hypothèse. Je retiens simplement que les résultats observés ne correspondent pas nécessairement à l’intention que nous avons attribuée à nos adversaires.

    Le lendemain matin, nous avons pris la direction de l’Emporial d’Obsidienne, où devait se tenir la vente donnant accès à la divination de la Perle Funeste.

    En chemin, nous avons rencontré Miss Evans, patriarche de la famille Weissman, accompagnée de plusieurs hommes. Elle m’a adressé quelques encouragements et conseils relatifs à la vente. Son attention s’est également portée sur les membres de ma suite, particulièrement ceux issus de la famille Heizer.

    Les rapports entre les maisons Weissman et Heizer semblent mériter une attention supplémentaire.

    Miss Evans a notamment plaisanté sur la possibilité que les Heizer tuent Maeve avant qu’elle ait achevé son apprentissage. Le propos était présenté avec légèreté. Je ne suis pas certain que les relations entre ces familles autorisent à le considérer entièrement comme une plaisanterie.

    Je connais les rivalités entre les maisons vassales. Elles sont anciennes, parfois utiles, et font partie des équilibres que la branche principale doit entretenir. Il faudra néanmoins veiller à ce que Maeve ne devienne pas malgré elle un instrument de ces tensions.

    J’ai profité de cette rencontre pour demander à Miss Evans de me faire fournir des munitions aeldaris. Les occasions d’en acquérir ne sont pas suffisamment fréquentes pour que j’en néglige une.

    L’Emporial d’Obsidienne occupe un autre astéroïde de l’ensemble constituant le Castel. L’affluence y était considérable. La perspective d’accéder à la Perle Funeste avait attiré une foule dont les intérêts dépassaient manifestement ceux des seuls Libres-Marchands invités au dîner.

    La vente se tenait dans une immense salle circulaire, organisée autour du commissaire-priseur.

    Les règles étaient simples : chaque proposition était acceptée ou refusée, sans possibilité de négociation ultérieure. Un refus pouvait donc suffire à mettre définitivement fin aux ambitions d’un candidat.

    Nous avons assisté à plusieurs offres, certaines reçues favorablement, d’autres écartées.

    Lorsque mon tour est venu, j’ai envisagé une première proposition. La réponse qui m’a été faite indiquait qu’elle se rapprochait fortement, sinon exactement, d’une proposition formulée quelque temps auparavant par Viggo Vaevictis.

    Mon père. Je ne sais ni quand, ni dans quelles circonstances, ni jusqu’où ses recherches l’ont conduit. J’ignore également ce qu’il a pu apprendre et les raisons pour lesquelles aucune de ces informations ne figure dans les documents auxquels j’ai accès.

    Pour la première fois depuis longtemps, j’ai regretté avec une certaine insistance de ne pas disposer de son journal.

    J’ai modifié mon offre sans poursuivre davantage cette piste. La curiosité ne justifiait pas de compromettre notre participation.

    J’ai finalement engagé deux objets récupérés lors de la Maison de poussière et de cendres : le folio relié en cuir xenos et le pistolet archéotechnologique attribué à Erasmus Haarlock.

    La mention du nom de Haarlock a produit un effet remarquable.

    Le silence s’est installé presque immédiatement dans la salle. Pas celui d’une assemblée attentive, mais celui d’une foule brusquement inquiète. La crainte était suffisamment perceptible pour qu’il soit impossible de la confondre avec une simple manifestation de respect.

    Je savais que le nom Haarlock portait un héritage particulier. Je n’avais pas encore mesuré l’effet qu’il pouvait produire sur une assemblée aussi diverse.

    Mon offre a été acceptée.

    Nous avions obtenu ce pour quoi nous étions venus. Le prix me paraissait considérable, mais il était désormais convenu. Il restait à déterminer ce que nous avions réellement acheté.

    Des gardes vêtus de blanc nous ont ensuite conduits vers le lieu de la divination. Leur tenue aurait pu paraître cérémonielle si le bas de leurs vêtements n’avait porté des traces de vomissures.

    L’odeur était désagréable. L’impression générale l’était davantage.

    Je n’ai compris leur état qu’un peu plus tard.

    Le passage vers le lieu de la divination consistait en une chute dans un tunnel dépourvu de gravité. Les sensations qui l’accompagnaient ne ressemblaient à rien de ce que j’avais connu au cours de ma carrière navale. Des visions se succédaient autour de nous, étrangères aux perceptions ordinaires.

    J’ai pensé à ce que l’on pourrait apercevoir du Warp si l’iris de l’observatoire du VoidGazer demeurait ouvert durant une translation.

    Je n’ai naturellement jamais cherché à vérifier cette comparaison.

    L’expérience m’a profondément éprouvé. Mon organisme a réagi avec une violence que j’aurais préféré éviter. Je suppose que mon estomac, déjà mis à contribution lors du dîner de la veille, ne contenait plus suffisamment de choses pour ajouter son tribut à celui de nos guides.

    Nous sommes finalement arrivés au lieu de la divination.

    Ce qui nous y attendait mérite difficilement le nom de personne. Sept êtres semblaient constituer les parties d’une seule entité, dans un assemblage dont je préfère ne pas examiner trop précisément les implications. Je ne sais pas ce qui les unissait, ni s’ils possédaient encore des volontés individuelles.

    Je n’ai pas cherché à soutenir leur regard plus que nécessaire.

    La divination elle-même fut une nouvelle épreuve bien que plus évocatrice, allégorique. Au milieu de ce qui ressemblait à une tempête du Warp est apparue une gemme d’une beauté singulière. Elle possédait cet éclat que les mots décrivent assez mal, celui d’un objet dont la valeur semble dépasser toute comparaison raisonnable.

    La Perle Funeste. Ou du moins son image, telle qu’elle nous était donnée à contempler.

    La vision ne se limitait pas à cette représentation. Elle contenait également des indications permettant de déterminer notre prochaine destination. Les coordonnées nous étaient transmises sous une forme cryptique, mais suffisamment intelligible pour guider la navigation à condition de la partager à nos astropathes.

    Nous avons appris par la suite que l’expérience présentait des ressemblances avec ce que ressent notre Navigator lorsqu’il conduit le vaisseau à travers le Warp.

    Cette comparaison m’inquiète davantage qu’elle ne me rassure.

    Le retour s’est effectué par le même passage. Il ne fut pas plus agréable que l’aller.

    À peine sortis, les différents Libres-Marchands ont entrepris de regagner leurs bâtiments avec un empressement remarquable. La compétition venait de changer de nature. Nous ne cherchions plus à obtenir un renseignement : nous possédions tous une destination, et chacun souhaitait manifestement être le premier à l’atteindre.

    J’ai choisi de ne pas céder entièrement à cette précipitation.

    Un départ immédiat aurait pu nous faire gagner quelques dizaines de minutes, mais je refuse de considérer qu’une translation dans le Warp puisse être entreprise dans les mêmes conditions qu’un appareillage ordinaire.

    Nos préparatifs ont nécessité environ une heure.

    Trois autres Libres-Marchands ont adopté une prudence comparable. Cette observation ne signifie pas qu’ils soient dignes de confiance, seulement qu’ils partagent au moins une appréciation raisonnable de certains risques.

    Pendant ce délai, le bâtiment de Bastille VII a été attaqué par un vaisseau qui présentait toutes les apparences d’un corsaire aeldari. Sa coque était entièrement blanche. Nous ne disposions d’aucune information sur son identité, son origine ou ses intentions.

    J’ai choisi d’intervenir en faveur de Bastille.

    La décision n’était pas dénuée d’intérêt. Une assistance accordée dans de telles circonstances constitue une base bien plus solide pour une entente future que les politesses échangées autour d’une table. Je ne sais pas encore ce qu’il en fera, mais il saura que nous ne sommes pas restés spectateurs.

    Alors que nous nous préparions enfin à entrer dans le Warp, Krawkin Feckward nous a attaqués à son tour.

    Cette fois, il ne s’agissait plus d’une description incertaine fournie par un prisonnier ni d’une coïncidence vestimentaire.

    Il avait choisi de nous prendre pour cible.

    Notre riposte l’a contraint à battre en retraite. Je ne sais pas encore si cette attaque était destinée à nous détruire ou simplement à retarder notre départ. Dans les deux cas, il a désormais clarifié sa position à notre égard.

    Nous avons engagé la translation.

    La navigation ne s’est malheureusement pas déroulée comme prévu.

    Une anomalie nous a retardés de sept semaines, alors que la durée estimée du voyage vers notre destination devait se situer entre quarante et soixante jours.

    La course n’est pas nécessairement perdue. Le Warp ne respecte ni les horaires ni les priorités des navigateurs, et rien ne garantit que nos concurrents aient bénéficié de conditions plus favorables.

    Je me surprends néanmoins à espérer qu’ils aient rencontré des difficultés comparables.

    Ce n’est pas une stratégie.

    C’est simplement, pour l’instant, la seule consolation disponible.

    Au terme de ces sept semaines, nous avons marqué une pause. Un signal continu a été détecté. Son origine semble humaine, mais il ne correspond pas à une émission impériale identifiable.

    Les premières estimations situent sa source à environ une journée de trajet.

    Notre Navigator étant encore en récupération, la poursuite immédiate de notre route n’était pas souhaitable. Cette situation nous offrait une occasion d’examiner l’origine du signal, mais elle ne supprimait pas les risques d’un détour

  • Nid de frelon

    La réception s’est poursuivie dans une ambiance qui manque singulièrement de tenue, mais nous n’étions pas là pour juger les usages locaux. Les informations dont nous avons besoin se trouvent manifestement au milieu de cette foule, et il faut donc supporter le décor autant que les convives.

    Arik a fait appel à son propre groupe pour enquêter dans le Castel. L’initiative est logique ; leur profil l’est moins. Ils savent se déplacer dans des environnements douteux, reconnaître les rapports de force et obtenir des réponses là où une approche officielle échouerait. Ils savent également provoquer une bagarre avec une remarquable efficacité. J’attends donc de voir si l’opération produira davantage de renseignements que de dégâts.

    Arthuros s’est montré plus discret et probablement plus rentable. Il a établi un contact commercial avec un certain Vadym Tocara et m’a organisé un entretien. La nature de ses affaires semble appartenir au commerce gris. Cela n’est pas nécessairement rédhibitoire. Les marchés périphériques ont rarement la politesse de se conformer aux catégories administratives de l’Imperium, et certaines zones d’ombre constituent de bons investissements lorsqu’on sait précisément ce que l’on achète. Je n’ai malheureusement pas pu honorer l’entretien dans la soirée. Il faudra corriger cela rapidement.

    Le dîner a continué avec ses démonstrations gastronomiques. Evander a payé assez tôt le prix de sa curiosité et son estomac n’a pas supporté l’un des plats servis. Il n’était pas seul dans ce cas ; Djanko le Fléau a fini par perdre connaissance après avoir goûté l’une des préparations proposées.J’ai décidé de ne pas pousser l’exercice jusque-là. Je voulais néanmoins éviter de paraître trop prudent dans un environnement où l’excès semble constituer une forme de langage social. J’ai donc accepté un plat présenté comme un cervelet braisé à la moelle épinière d’Ork.

    L’expérience ne mérite pas d’être renouvelée.

    La texture était spongieuse, le goût difficilement descriptible et j’ai manqué de m’étouffer. Je suis néanmoins resté conscient et debout, ce qui semble ici constituer une forme de distinction. L’effet social fut meilleur que le plat. Moross et Calcus ont visiblement apprécié l’audace. Arik a renforcé l’impression en participant lui aussi à la dégustation. La réaction de plusieurs autres convives fut également favorable, bien que je considère encore ce genre de démonstration comme plus vulgaire qu’élégante. Lady Sun Lee semble avoir particulièrement apprécié.

    Il faudra peut-être l’approcher. Nous sommes nombreux à poursuivre la Perle Funeste et aucun d’entre nous ne peut raisonnablement espérer monopoliser un monde entier dans ces conditions. Une coopération limitée, un partage d’informations ou une répartition préalable de certains bénéfices pourrait être plus rentable qu’une course entièrement hostile.

    Plus tard, je suis allé m’entretenir avec Moross. Un personnage nommé Esperanza a fait son apparition au même moment. Un bouffon de petite taille, en apparence, mais dont les capacités dépassent clairement la fonction qu’il prétend occuper. Son agilité est remarquable. Il fait disparaître des objets, se déplace d’une manière qui donne parfois l’impression qu’il se téléporte et réussit à exaspérer certains convives tout en amusant les autres. Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un talent de scène, d’une aptitude particulière ou d’autre chose. Je sais en revanche qu’il est utile. J’ai même envisagé qu’il puisse trouver une place à bord du VoidGazer. Moross m’a appris qu’Esperanza pouvait être acquis pour 1 100 trônes. Le prix est suffisamment faible pour que la question ne soit pas financière mais fonctionnelle : savoir ce qu’il est réellement capable de faire, ce qu’il sait et, surtout, ce qu’il ferait si personne ne lui demandait rien.

    Moross m’a également confirmé, à ma demande, qu’il était possible d’investir directement au Castel afin de remplir les soutes. Certains produits locaux, notamment alimentaires, pourraient trouver acheteur ailleurs. Cela mérite d’être étudié. La cuisine servie ce soir ne m’inspire aucune passion, mais il serait absurde de confondre goût personnel et potentiel commercial.

    Lorsque je l’ai interrogé sur la vente, Moross s’est montré particulièrement satisfait de mon comportement lors du dîner et m’a assuré que les informations concernant le lieu et l’heure de la vente aux enchères seraient communiquées en fin de soirée. Il a proposé davantage en récompense de ma participation aux festivités, il acceptait de me fournir une information supplémentaire à condition que « mon Eldar fasse quelque chose ».

    La formulation était médiocre.

    La situation également.

    Elkia’fel semblait déjà plus déplacée que nous tous dans cette réception. Si je trouvais l’atmosphère vulgaire, je n’osais imaginer ce qu’elle devait en penser. Je lui ai néanmoins transmis la demande. Elle a accepté. En échange, j’ai offert une faveur future, à sa convenance. J’ai accepté également.

    Elkia’fel a retiré son casque et raconté une ancienne histoire de son peuple, remontant manifestement à une époque très lointaine. Elle y évoquait une entente ancienne entre nos peuples, des objets confiés à des gardiens et les conséquences qui suivraient leur perte ou leur profanation. Le récit sonnait davantage comme une malédiction que comme une légende. Il contenait cependant suffisamment de références à des objets précieux, rares et dangereux pour que l’intérêt des Libres-Marchands présents soit garanti. Je suppose que c’était précisément ce que Moross espérait.

    Elkia’fel nous a également signalé la présence de psykers dans plusieurs suites : celle d’Abel Gerrit, celle de Jeremiah Blitz et celle de Lady Sun Lee.

    Information à conserver.

    Moross a ensuite tenu parole. La vente ne fonctionnera pas comme une enchère classique: chaque participant ne pourra formuler qu’une seule proposition. Elle sera acceptée ou refusée. Il ne sera pas possible d’ajuster ensuite son offre en fonction de celles des autres. Il m’a recommandé d’attendre suffisamment longtemps pour observer les premières propositions et évaluer le niveau réel de la compétition, mais pas au point de risquer d’arriver trop tard : le nombre de places permettant d’accéder à la divination est limité. C’est une information utile. Probablement la plus utile obtenue depuis notre arrivée.

    La réception a finalement pris fin et les Libres-Marchands présents ont été conduits vers un vaste bâtiment mis à leur disposition. Chaque suite pouvait facilement occuper un étage entier. Les installations étaient confortables et une sécurité locale déjà présente. Trizzula avait néanmoins demandé que nos propres gardes surveillent les abords. J’ai fait inspecter ma chambre par Arik puis par Arthuros. Cette précaution a manifestement contrarié ma tante, je dois veiller à lui offrir plus d’opportunité de faire valoir sa place.

    Arik, pour sa part, a décidé de dormir dans le couloir, devant ma porte, entièrement équipé. Nous occupions le cinquième étage.

    L’attaque a commencé pendant la nuit. À en juger par les tirs et les communications, plusieurs étages furent frappés presque simultanément. La vigilance d’Arik et la réactivité du reste de la suite nous ont empêchés d’être totalement surpris. Nos gardes extérieurs n’avaient rien vu, lorsqu’ils ont été appelés, ils ont mis du temps à parvenir jusqu’à nous.

    Les assaillants étaient donc très probablement déjà à l’intérieur du bâtiment avant le début de l’attaque. Ils étaient nombreux et extrêmement disparates, mais tous présentaient des mutations plus ou moins importantes. Certains avaient des structures osseuses transformées en armes. D’autres émettaient des gaz ou possédaient des altérations physiologiques inhabituelles. Il ne s’agissait pas d’un groupe improvisé, l’attaque était préparée.

    J’ai pensé, brièvement, que les pistolets de Skylla auraient été bien employés dans ce couloir, à cet instant, j’aurais volontiers échangé quelques-uns de nos assaillants contre ses pistolets et ses commentaires.

    Le fait que plusieurs suites aient été visées simultanément réduit la probabilité d’un règlement de compte strictement personnel. Il faut envisager qu’un ou plusieurs de nos concurrents aient voulu affaiblir l’ensemble des participants, ou qu’une tierce partie cherche simplement à perturber la course à la Perle Funeste.

    Nous avons repoussé les assaillants, mais non sans dommages. Plusieurs membres de la suite ont été sérieusement blessés. Moi également, mais l’état de tante Trizulla est le plus préoccupant.

    Arik s’est une nouvelle fois montré indispensable au combat. Elkia’fel, pour sa part, a été d’une efficacité remarquable, aussi bien dans l’affrontement que dans les soins d’urgence qui ont suivi. Son utilité n’est plus théorique.

    Je retiens plusieurs éléments de cette nuit.

    • Premièrement, l’attaque a été préparée depuis l’intérieur.
    • Deuxièmement, plusieurs Libres-Marchands semblent avoir été visés.
    • Troisièmement, nos adversaires disposent de ressources suffisantes pour introduire des combattants mutants dans une résidence théoriquement sécurisée sans alerter la garde extérieure.

    Enfin, nous avons désormais assez d’informations pour considérer que la compétition autour de la Perle Funeste ne se jouera pas seulement à coups d’offres, de contrats et de renseignements.

  • La piste de la Perle Funeste

    Une communication interceptée peu après notre arrivée à Port-l’Errance fait état de coordonnées récemment retrouvées menant à un monde connu sous le nom de Perle Funeste. La formulation employée évoque moins une destination ordinaire qu’un site légendaire associé à un trésor ou à des ressources d’importance.

    Nous ne sommes pas les seuls à avoir reçu cette information.

    Nous avons pu écouler le contenu de nos cales plutôt que de risquer de l’abimer ou la perdre, mais l’urgence de la situation ne nous a pas permis de remplir nos soutes. Nous verrons s’il y a matière à investir au Castel, c’est risqué mais ça peut être lucratif.

    Plusieurs Libres-Marchands semblent déjà engagés dans la même recherche. Il faut donc considérer l’affaire comme une course. Notre objectif n’est pas de prétendre à l’exclusivité, ce qui paraît improbable au vu de notre position actuelle, mais d’obtenir une part suffisante de ce qui pourra être découvert pour justifier les risques et les dépenses engagées.

    Les premières informations disponibles indiquaient qu’il fallait se rendre au Castel afin d’en apprendre davantage.

    Le Castel est une station installée au sein d’un assemblage de rocs stellaires. Arthuros connaît manifestement bien les lieux et semble y avoir vécu. Cette connaissance justifiait sa présence dans le groupe envoyé à terre.

    Le trajet fut plus long que prévu. Un phénomène warp désigné localement comme la Gueule nous a retardés, portant le voyage à environ trois semaines.

    À notre arrivée, l’autorisation d’arrimage fut accordée, mais avec une restriction sur la taille du groupe pouvant débarquer.

    J’ai choisi d’emmener :

    • Arik, pour la sécurité ;
    • Trizzula, également pour la protection rapprochée ;
    • Arthuros, pour sa connaissance du Castel ;
    • Evander, responsable de la navette ;
    • Elkia’fel, en qualité de conseillère et par considération diplomatique envers Ulthwé.

    Ce dernier choix mérite un suivi particulier. Je sais qu’Elkia’fel m’a été envoyée sur recommandation des sages d’Ulthwé et qu’une prédiction semble justifier sa présence à mes côtés. Cela reste insuffisant. Sa valeur opérationnelle est réelle, mais je dispose encore de trop peu d’informations sur ses objectifs, son mandat précis et les attentes de ceux qui l’ont envoyée.

    Il faudra corriger ce manque.

    L’arrivée au Castel s’est faite sans cérémonie particulière. Mon statut n’a pas été dissimulé, mais aucune démonstration inutile n’a été recherchée.

    Peu après le débarquement, une meute de Kroots nous a proposé ses services. L’offre comportait une dimension manifeste d’intimidation. Arik a réagi correctement, sans céder de terrain ni provoquer d’escalade inutile. Son attitude dans cette situation est à porter à son crédit.

    Nous avons ensuite été abordés par des représentants de la Navis, apparemment issus de sa branche administrative ou économique. Ils réclamaient une taxe d’arrivée calculée selon les dimensions du bâtiment et le nombre de personnes transportées.

    La procédure ressemblait suffisamment à une extorsion pour justifier des vérifications.

    Nous avons refusé de communiquer publiquement des informations détaillées sur le VoidGazer et avons demandé à être conduits dans leurs locaux. Ceux-ci existaient effectivement, mais cela ne suffit pas à dissiper entièrement mes réserves.

    Cet échange nous a néanmoins permis d’obtenir plusieurs renseignements utiles.

    Le Castel accueille actuellement plusieurs Libres-Marchands. Il semble également exister une convention locale selon laquelle le Libre-Marchand le plus puissant présent sur la station bénéficie d’un statut particulier d’autorité. Cette situation explique probablement certaines restrictions qui nous ont été imposées, notamment sur le nombre d’hommes autorisés à débarquer.

    Parmi les Libres-Marchands identifiés à ce stade figurent :

    Abel Gerrit, Hadarak Fel et Jeremiah Blitz.

    D’autres noms se sont ajoutés par la suite.

    Au retour des locaux administratifs, nous avons été pris en embuscade.

    Elkia’fel a détecté le danger avant le reste du groupe. Une poutre métallique avait été préparée en hauteur afin d’être lâchée sur notre passage. La plupart d’entre nous ont pu se mettre à couvert. Trizzula a reçu l’impact directement.

    Les assaillants disposaient initialement de l’initiative, mais l’avantage a rapidement été renversé et le groupe éliminé.

    Arik s’est notamment jeté sur une grenade afin d’éviter qu’elle n’explose au milieu de notre formation.

    Cet acte devra être pris en compte dans l’évaluation de son service.

    Un survivant a pu être interrogé, bien que son état laisse peu d’espoir quant à sa survie. Selon ses déclarations, notre groupe avait été désigné comme cible par un homme étranger au Castel, disposant de matériel de bonne qualité et accompagné d’une escorte correctement équipée. Le seul élément descriptif notable était un chapeau inhabituel.

    Le prisonnier ignorait mon identité réelle avant l’interrogatoire. La découverte de mon statut a manifestement modifié son comportement, sans produire davantage d’informations utiles.

    Une inspection de sa planque a été envisagée, puis jugée de faible priorité.

    Des Kroots sont arrivés peu après dans le secteur. Leur présence provoque une crainte visible chez les habitants locaux. Ils semblent agir comme mercenaires et n’ont montré aucune réserve à consommer les corps de nos assaillants.

    L’hypothèse de les engager a été considérée.

    Arik a été chargé du contact.

    La négociation n’a pas produit de résultat exploitable. Aucun tarif n’a été demandé, aucune prestation clairement définie et aucun accord conclu. Notre prisonnier leur a néanmoins été abandonné après qu’ils eurent demandé si nous en avions encore l’usage.

    Cette séquence devra être discutée avec Arik. Son efficacité en situation de combat ne dispense pas d’une rigueur minimale lorsqu’il agit au nom de la Maison.

    Nous avons quitté le secteur.

    Elkia’fel avait déjà pris de l’avance et utilisait manifestement sa capacité à se fondre dans l’environnement pour observer sans attirer l’attention.

    Nous avons ensuite rejoint une zone plus convenable, proche du territoire du Seigneur-Lige, régent du Castel.

    Nous y avons croisé une autre Libre-Marchande, Lady Sun Lee. Son escorte était sensiblement plus importante que la mienne. Deux hypothèses restent plausibles : soit elle bénéficie actuellement d’une position dominante suffisante pour s’affranchir des restrictions locales, soit elle est arrivée avant leur mise en place.

    Un serviteur nous a ensuite transmis une invitation adressée aux Libres-Marchands présents : un dîner organisé par le Seigneur-Lige.

    Lady Sun Lee a indiqué qu’elle s’y rendrait.

    J’ai accepté également.

    Avant le dîner, Arthuros nous a conduits à la Rose Bleue, établissement qu’il considère comme une source fiable d’informations.

    La conversation avec le personnel nous a permis d’isoler un élément récurrent : plusieurs Libres-Marchands semblent s’intéresser à un lieu nommé Emporial d’Obsidienne.

    Ce point devra faire l’objet d’une recherche spécifique.

    L’échange a également mis en évidence un problème pratique. Un serviteur présent dans la salle a annoncé mon titre publiquement, ce qui a attiré l’attention et probablement augmenté le prix des informations obtenues.

    Il devient nécessaire de dissocier davantage ma présence officielle de la collecte ordinaire de renseignements.

    Cette fonction devrait être confiée plus régulièrement à un membre de ma suite.

    J’ai transmis le nom de la Perle Funeste aux personnes présentes afin qu’elles sachent quels éléments écouter ou rechercher.

    Elkia’fel connaissait apparemment ce monde sous un autre nom. Selon elle, il s’agirait d’un ancien monde aeldari perdu depuis longtemps.

    Cette information augmente considérablement la valeur potentielle de la découverte, mais également les risques politiques et militaires liés à toute exploitation.

    Si l’expédition aboutit, le Castel pourrait néanmoins constituer un point de revente pour certaines marchandises, notamment via le marché froid.

    Le dîner chez le Seigneur-Lige a ensuite permis d’identifier davantage de participants.

    Le Seigneur-Lige lui-même est un homme massif, très fortement mécanisé et d’un abord étonnamment cordial. Rien, lors de cette première rencontre, ne permet toutefois de conclure qu’il constitue réellement le centre décisionnel du Castel.

    Nous avons été placés à proximité de plusieurs autres suites de Libres-Marchands.

    Parmi les personnes proches de ma position figuraient Bastille le Septième et Charlabelle Armelan.

    Cette dernière a particulièrement retenu l’attention d’Elkia’fel en raison du Baiser d’Harlequin qu’elle porte.

    Sont également présents :

    Baron Djanko Fléau
    Krawkin Feckward

    Feckward porte un chapeau pouvant correspondre à la description fournie par notre prisonnier après l’embuscade.

    Il ne s’agit pas encore d’une preuve.

    Il s’agit néanmoins d’une coïncidence suffisamment précise pour justifier une surveillance.

    En comptant les individus déjà identifiés, au moins neuf Libres-Marchands sont actuellement présents au Castel.

    Le dîner semble également comporter une forme de compétition sociale. Plusieurs mets particulièrement exotiques sont présentés et leur consommation paraît utilisée comme démonstration de courage ou de statut.

    Je considère actuellement cette pratique comme de l’esbroufe sociale plus que comme une véritable épreuve.

    Ma tante semble néanmoins disposée à participer.

    Je réserve mon jugement.

    Situation à la fin de la journée

    Les informations suivantes sont considérées comme établies ou suffisamment probables pour guider les prochaines décisions :

    • plusieurs Libres-Marchands recherchent la Perle Funeste ;
    • la destination pourrait être un ancien monde aeldari ;
    • l’Emporial d’Obsidienne semble lié aux recherches en cours ;
    • au moins neuf Libres-Marchands sont présents sur le Castel ;
    • Krawkin Feckward correspond partiellement à la description du commanditaire de l’embuscade ;
    • le Libre-Marchand dominant sur place dispose apparemment de privilèges particuliers ;
    • les Kroots locaux sont disponibles comme mercenaires, mais aucune négociation sérieuse n’a encore été menée ;
    • notre présence est déjà connue et il faudra améliorer la discrétion de nos recherches.

    Les dépenses engagées depuis notre arrivée s’élèvent à environ 5 000 trônes.

    Aucun bénéfice direct n’a encore été obtenu.

    Cela reste acceptable à ce stade, à condition que ces dépenses produisent rapidement un avantage informationnel, commercial ou stratégique.

    Nous ne disposons ni de la meilleure implantation locale, ni du réseau le plus ancien, ni probablement des ressources les plus importantes parmi les concurrents présents.

    Il faudra donc éviter de rivaliser avec eux sur leurs propres avantages.

    La priorité immédiate est de déterminer ce que chacun sait, ce que chacun cherche et, surtout, ce dont chacun aura besoin pour atteindre la Perle Funeste.

    C’est probablement dans cet écart que se trouve notre part.

  • Préalable au départ

    Le VoidGazer est prêt à quitter Solomon. Les événements de la Maison de Poussière et de Cendre n’ont provoqué aucune perte susceptible de compromettre le bâtiment ou son programme immédiat. Les personnes placées sous ma responsabilité au cours de l’opération ont été restituées à leurs commanditaires, les acquisitions effectuées ont été sécurisées et les informations recueillies restent en cours de classement.

    La situation de la Maison Vaevictis demeure cependant fragile. Le relèvement du VoidGazer a mobilisé une part considérable des ressources disponibles de la branche principale. Nous possédons désormais un bâtiment capable de soutenir des opérations importantes, mais nos moyens financiers et notre influence ne sont pas encore à la hauteur de cet outil. Il serait dangereux de confondre capacité militaire et puissance dynastique.

    Les soutes ne sont pas vides. Une part importante de leur capacité est occupée par des passagers humains en transit : travailleurs, gardes impériaux, mercenaires et personnels divers destinés à rejoindre Port-l’Errance ou à poursuivre au-delà. Leur présence représente une contrainte réelle en matière de ravitaillement, d’espace et de sécurité, mais elle constitue également notre première activité exploitable.

    Ces passagers ne doivent pas être considérés comme une simple charge transportée d’un point à un autre. Certains sont des clients. D’autres peuvent devenir des contacts, des recrues, des intermédiaires ou les premiers maillons de relations durables. Les gardes impériaux et les mercenaires peuvent ouvrir l’accès à des contrats d’escorte, de protection, de garnison ou d’expédition. Les travailleurs peuvent intéresser des maisons marchandes, des colonies ou des exploitations en manque de main-d’œuvre.

    L’objectif n’est donc pas de remplir des cales vides, mais de transformer un transport déjà en cours en première opération rentable et reproductible. Le VoidGazer doit arriver à Port-l’Errance non comme un bâtiment en quête d’activité, mais comme un bâtiment qui en exerce déjà une et cherche à l’étendre.

    Je ne cherche pas une opération exceptionnelle. Une réussite ponctuelle n’aurait qu’un intérêt limité. Il faut établir des flux : transport, approvisionnement, escorte, colonisation, acquisition de ressources, éventuellement recrutement. Une activité qui en appelle une autre vaut davantage qu’un bénéfice isolé.

    La situation interne du VoidGazer reste satisfaisante. Le bâtiment est opérationnel, son équipage nombreux et ses principaux services fonctionnels. Plusieurs officiers et chefs de service demeurent cependant réservés à l’égard de mon commandement. Je ne considère pas cela comme anormal. Beaucoup ont connu d’autres autorités, d’autres habitudes ou disposent d’intérêts propres. Leur compétence importe davantage que leur affection. Il conviendra néanmoins de distinguer les désaccords professionnels des ressentiments susceptibles d’altérer leur fonction.

    Les familles vassales présentent le même problème à une autre échelle. La Maison reste cohérente, mais toutes ses composantes ne considèrent pas encore que leur avenir est correctement représenté par mes décisions. Les Weissman et les Heizer nécessitent une attention particulière. Il serait préférable de traiter leurs réserves avant qu’elles ne deviennent des positions politiques.

    La présence de Maeve Weissman dans ma suite doit être considérée comme ce qu’elle est : une formation et une marque de confiance envers sa famille. Elle n’est pas un moyen de pression et ne devra jamais être utilisée comme tel.

    Plusieurs éléments inhabituels restent également sous notre responsabilité.

    Findol, corsaire aeldari ; Kru-sha, Ork mékano ; et Aoné’Da, Tau professant le Bien Suprême, sont toujours détenus à bord. Ils avaient été capturés lors d’une précédente opération avec les agents de l’Inquisiteur Faust et n’étaient pas leur objectif. Leur maintien à bord ne présente donc aucune obligation inquisitoriale particulière. Leur valeur éventuelle — diplomatique, informationnelle ou technique — doit être déterminée avant toute décision définitive.

    Une représentante d’Ulthwé se trouve également à bord depuis environ un mois. Sa fonction déclarée est diplomatique. Son appartenance à la Voie de l’Autarque indique cependant qu’elle est parfaitement capable d’évaluer le VoidGazer et sa Maison selon des critères qui dépassent les usages de cour. La relation reste correcte. Il convient qu’elle le demeure sans lui accorder davantage de portée que nécessaire.

    Arik et les siens sont désormais intégrés au bord sous sa responsabilité. Leur situation reste particulière. Ils ont demandé une possibilité de rédemption et disposent de compétences susceptibles d’être utiles. Ils savent également que leur maintien à bord dépend de leur conduite. Aucun problème majeur n’a été signalé à ce jour.

    Le prochain objectif est Port-l’Errance.

    À notre arrivée, je souhaite disposer d’informations précises sur les marchés disponibles, les contrats de transport, les besoins des expéditions vers Koronus, les possibilités de recrutement et les mouvements des autres dynasties de Libres-Marchands. Une partie de notre attention devra également porter sur les opportunités permettant d’acquérir ou de soutenir un second bâtiment. Le VoidGazer peut accomplir beaucoup de choses. Il ne peut pas être simultanément partout où les intérêts de la Maison exigent une présence.

    La station de Morwen VI reste le centre de la dynastie. Elle possède davantage de capacités que nous ne pouvons actuellement en exploiter. Je ne prévois pas d’engager de ressources importantes dans sa restauration avant que la Maison ait retrouvé des revenus suffisants pour entretenir durablement ce qui serait remis en service.

    Il faut éviter de reconstruire notre passé plus vite que nous ne sommes capables de financer notre avenir.

  • La Maison de poussière et de cendres

    J’ai été convoqué à la Cour de la Chancellerie par l’Inquisiteur Silas Maar pour un entretien privé. Mon Mandat m’autorisait théoriquement à refuser. Cette distinction n’avait aucune utilité pratique. Contrarier gratuitement un Inquisiteur est rarement une manière productive d’exercer son indépendance.

    La demande était simple en apparence. Une vente aux enchères devait se tenir dans la Maison de Poussière et de Cendre, nécropole réservée aux hauts dignitaires de Solomon et, notamment, à la maison Haarlock. Certains des agents de l’Inquisition devaient s’y rendre pour leurs propres investigations. Ma présence leur fournirait une couverture cohérente : ils seraient présentés comme membres de ma suite. En retour, Mayweather devait me fournir les informations dont il disposait concernant la vente et ses participants.

    L’arrangement me convenait. Il servait les intérêts de l’Inquisition sans placer ses agents sous une lumière inutile et me permettait d’observer une transaction portant sur des objets suffisamment rares pour justifier mon attention. Je n’avais alors aucune raison de considérer Haarlock autrement que comme le nom d’une dynastie disparue.

    Nous avons rejoint la Maison à bord d’un transport antigravitaire nommé Le Cygne. J’en retiens deux choses : le modèle mérite d’être étudié pour une acquisition future et son équipage supporte correctement une attaque pirate. Lorsque nous avons été abordés, j’ai pris une part plus directe que prévu à la coordination de la défense. Le capitaine m’en remercia ensuite et nous avertit de l’existence des « Pleureurs ». Je n’accordai pas à cette information l’importance qu’elle méritait.

    Cisten Lanus, antiquaire présent à bord, choisit de profiter de notre groupe et de sa sécurité pour poursuivre le trajet avec nous. Je n’avais aucune raison particulière de lui faire confiance. Il était cependant préférable de savoir où il se trouvait. Cette conclusion reste valable. Il a survécu et a acquis plusieurs pièces dont la provenance et l’usage peuvent justifier une surveillance future.

    La Maison elle-même aurait dû suffire à éveiller davantage de prudence. Certaines de ses structures relevaient manifestement davantage de la fortification que du monument funéraire. Une porte en particulier présentait une conception défensive disproportionnée à sa fonction apparente. Les chambres étaient contrôlées individuellement par badges magnétiques. La vente se tenait sous une vaste coupole, entourée de dispositifs de sécurité et de membres des forces de défense planétaires. Les invités devaient déposer l’essentiel de leurs armes.

    J’ai pourtant considéré l’ensemble comme une démonstration de richesse et de paranoïa aristocratique. Cette interprétation était insuffisante.

    La vente rassemblait des objets impériaux, archéotechnologiques et xenos dont plusieurs auraient normalement justifié davantage qu’une simple expertise commerciale. Certains ne pouvaient même pas être examinés avant leur acquisition. Le système d’enchères encourageait manifestement moins l’évaluation que la convoitise.

    J’ai acquis un Baiser d’Harlequin, un fragment d’épaulière d’Astartes portant un crâne noir aux dents prononcées, un folio relié en cuir xenos, une Navis Prima capable de conserver durablement des données et un pistolet laser archéotechnologique associé à l’héraldique Haarlock : une araignée dorée accompagnée du soleil noir de Comus.

    Les autres enchérisseurs se montrèrent tout aussi actifs. Lanus acquit notamment un ancien équipement spatial et un Élucidateur. Magyar concentra son intérêt sur plusieurs armes et objets susceptibles d’avoir une utilité pratique. Omnell acheta différents artefacts, dont une poupée dont je préfère encore ne pas tirer de conclusion. D’autres objets furent dispersés entre les participants, dont des armes digitales jokaero, des reliques impériales, des ouvrages anciens et plusieurs pièces xenos.

    Le « portrait non identifié » mérite une mention distincte.

    Lors de sa présentation, il semblait représenter un homme pouvant être Erasmus Haarlock. La gravure portée sur son cadre indiquait : le miroir de mon sang.

    Plus tard, le visage représenté avait changé.

    Il me ressemblait.

    Je n’ai toujours pas d’explication satisfaisante à ce phénomène.

    Peu après, la Veuve Dorée fut interrogée. L’automate délivra ce qui ressemblait à une divination concernant un « Voyageur » et un « Héritier ». Je n’ai aucune raison rationnelle d’affirmer que ce dernier terme me désignait. J’ai néanmoins eu la certitude qu’il s’adressait à moi.

    Cette distinction me déplaît.

    La Veuve réclama le sang de l’Héritier. Un calice était disposé devant elle à cet effet. Je décidai qu’aucune circonstance ne justifiait de satisfaire une machine inconnue qui réclamait mon sang à l’intérieur du mausolée d’une dynastie disparue.

    Cette décision demeure l’une des plus simples de toute l’affaire.

    L’attaque des Pleureurs commença immédiatement après la divination. Ils frappèrent sans distinction apparente. La vente cessa alors d’être une transaction et devint une opération de survie. Nous avons tenté de rassembler les participants et d’établir une défense cohérente. Tous ne jugeaient pas nécessaire de suivre une direction commune.

    Ce comportement reste incompréhensible dans une situation où la coordination augmente objectivement les chances de survie.

    Nous avons tenu.

    L’évacuation fut plus difficile. Les différentes factions poursuivaient désormais leurs propres intérêts, certains cherchant encore à récupérer leurs acquisitions ou d’autres objets présents dans la Maison. Nous sommes demeurés avec Magyar pendant une partie de la fuite. Son comportement confirma ce que ses achats trahissaient : il possède l’instinct d’un chasseur davantage que celui d’un marchand. Il repéra notamment une clé sur le meneur des Pleureurs qui nous permit de progresser.

    Nous n’avons pas récupéré tous les objets qui auraient pu présenter un intérêt. Je considère cela comme une décision correcte. Une acquisition n’a aucune valeur si sa récupération réduit inutilement les chances de quitter les lieux.

    Nous n’avons pas davantage donné mon sang à la Veuve Dorée.

    Les souterrains nous permirent finalement de rejoindre le port. Omnell neutralisa un dispositif défensif et créa un passage au travers du bouclier qui nous isolait encore. Nous avons quitté l’île par bateau peu avant l’éruption qui détruisit l’essentiel du complexe. Une dernière confrontation avec Octavia Nile et ses complices sur le retour survint.

    La Maison de Poussière et de Cendre n’existe plus sous la forme dans laquelle nous l’avons découverte.

    Ses conséquences, elles, demeurent.

    Les agents confiés à ma couverture ont été ramenés vivants et en état de rendre compte à leur maître. Silas Maar n’a formulé aucune objection concernant les objets que j’ai conservés. Je considère son silence comme une autorisation pratique, pas comme une garantie quant à leur innocuité.

    J’ai également tenu une promesse faite pendant les combats. Cassopeia de Tolos avait accepté qu’en cas de survie je lui offre une robe et un dîner à bord du VoidGazer. Les deux lui ont été accordés. Il n’existait aucune intention sentimentale derrière cette invitation. Je réfléchissais déjà à la possibilité de lui proposer une fonction au service de la Maison ; mélanger ces deux domaines aurait été inutilement maladroit.

    L’objectif confié par Saar peut donc être considéré comme atteint : ses acolytes ont pu agir sous la couverture de ma suite et leur présence à mes côtés est désormais suffisamment établie pour qu’une collaboration ultérieure ne paraisse pas incongrue. Je m’interroge toutefois sur l’étendue des connaissances généalogiques de l’Inquisiteur.

    Je retiens cependant autre chose de cette opération.

    J’étais venu à Solomon pour observer une vente.

    J’en suis reparti avec plusieurs artefacts, une relation renforcée avec l’Inquisition et la certitude désagréable qu’une dynastie disparue depuis des générations semblait avoir anticipé ma présence.

    J’ai longtemps considéré les héritages comme ce que les morts transmettent volontairement aux vivants.

    Je ne suis plus certain que cette définition soit suffisante.

    Certains semblent simplement attendre qu’un héritier passe à portée.

  • La représentante d’Ulthwë

    Nous avons reçu une transmission utilisant une accréditation ancienne, parfaitement valide, déjà employée à plusieurs reprises auprès de mon père, Viggo Vaevictis, et peut-être avant lui. Le message provenait d’un bâtiment d’Ulthwé. Le prophète Asado Sar sollicitait une entrevue.

    Arthuros a accueilli cette demande avec nettement moins de sérénité que moi. Il aurait préféré que la rencontre ait lieu dans un hangar, dans un espace facile à contrôler et à isoler. J’ai choisi l’observatoire. Les Aeldaris avaient déjà entretenu des échanges réguliers avec mon père et leur demande était formulée avec les égards nécessaires. Il me paraissait donc plus cohérent de les recevoir comme une délégation respectée plutôt que comme une menace tolérée à bord.

    Je voulais également que cette rencontre ait lieu sous l’œil du VoidGazer.

    Asado Sar est arrivé accompagné de plusieurs Vengeurs et d’un autre Aeldari portant une armure tirant vers le vert sombre, que j’ai supposé être un officier ou un responsable militaire. Le prophète lui-même portait une longue lance. Il a commencé l’entretien en me serrant la main.

    Le geste m’a surpris davantage que son escorte.

    Il m’a expliqué qu’il le tenait de mon père, qui lui avait appris qu’il s’agissait chez nous d’une manière d’entériner un échange. Le détail pouvait paraître anodin, mais il confirmait quelque chose d’important : les relations entre Ulthwé et la Maison Vaevictis avaient manifestement été plus suivies que je ne le supposais.

    Arthuros, de son côté, avait tenté de sonder le prophète par psyniscience. Il m’a décrit ensuite une sensation singulière. Rien qui puisse être qualifié de parole ou de télépathie, mais l’impression immédiate et désagréable d’avoir été remarqué dans sa tentative, comme si quelqu’un avait simplement tourné son regard vers lui et demandé, sans mots : que regardes-tu ?

    J’ai retenu l’information.

    Asado Sar a présenté sa venue comme une offre d’aide, mais également comme une faveur qu’il nous demandait. Selon lui, la région de Koronus allait prochainement connaître d’importants remous. Il a évoqué les forces du Chaos, la proximité de l’Œil de la Terreur et les Orks, sans fournir d’abord beaucoup de détails. Lorsque je lui ai demandé d’être plus précis, il a finalement livré une information qu’il ne partageait manifestement pas à la légère : Eldrad Ulthran aurait prédit qu’Ulthwé devrait retourner près de l’Œil.

    La conséquence pratique était plus importante que la prophétie elle-même. Ulthwé allait se retirer, au moins en partie, de la région.

    Or, une autre prédiction indiquait que des troubles continueraient ici en leur absence.

    C’est alors qu’Asado Sar m’a présenté Elkia’fel.

    Il souhaitait que nous la prenions avec nous. Il expliqua qu’elle devait nous accompagner « vers sa destinée », mais ajouta aussitôt que cette destinée rejoignait également la mienne, celle de l’équipage et, surtout, celle du VoidGazer.

    Cette dernière précision fut assez spécifique pour que je la note mot pour mot.

    J’ai naturellement demandé ce qu’Ulthwé attendait en retour. Asado Sar n’a jamais réellement répondu. La menace à venir viserait l’humanité et, selon lui, le simple fait de laisser Elkia’fel dans la région constituait déjà une aide de leur part. Il affirmait qu’elle était particulièrement compétente et qu’elle saurait nous assister sur le terrain.

    Je ne doute pas qu’Ulthwé tire également quelque chose de cet arrangement.

    Ce qu’ils espèrent exactement reste inconnu.

    Le contenu de la prophétie ne m’a pas été révélé et Elkia’fel elle-même n’en connaît apparemment qu’une partie. Elkia’fel résuma sa position par une formule : nul besoin de connaître tous les détails lorsque l’on suit la bonne voie.

    C’est une manière élégante de demander beaucoup de confiance sans en fournir les moyens.

    J’ai néanmoins accepté.

    Elkia’fel a immédiatement précisé qu’elle ne souhaitait pas être placée sous mes ordres. Cela ne me posait aucun problème. Je lui ai seulement demandé de ne pas interférer directement avec mes hommes ni avec la chaîne de commandement du bâtiment. Toute question concernant l’équipage devait passer par moi. Nous nous sommes rapidement trouvés d’accord sur ce principe, ainsi que sur plusieurs autres considérations concernant l’autorité, les responsabilités et la liberté d’action.

    Ce fut plutôt rassurant.

    J’ai demandé à Asado Sar ce qu’il attendait de moi si quelque chose devait arriver à Elkia’fel. Sa réponse fut de faire en sorte qu’elle soit protégée.

    Je ne compte pas lui accorder un statut supérieur à celui des autres personnes dont j’ai la responsabilité au seul motif d’une prophétie que l’on refuse de m’expliquer. Je lui accorderai en revanche la même attention qu’à chacun d’eux.

    Avant son départ, Asado Sar évoqua encore deux éléments. Il parla d’abord d’une menace considérable provenant, selon ses propres termes, de « gens de sa race qui n’ont pas eu énormément de chance ». Il précisa que cela ne devait pas survenir immédiatement. La formulation est trop vague pour être utile pour l’instant.

    Il parla ensuite de ma lignée.

    Selon lui, elle connaîtrait son lot de tourments.

    Il mentionna également un « astre noir ».

    À ce moment-là, ces mots ne signifiaient rien pour moi. La remarque était toutefois suffisamment personnelle pour être conservée.

    Asado Sar et son escorte repartirent ensuite. Elkia’fel resta à bord.

    Ses premières demandes furent relativement modestes. Elle souhaitait dormir dans sa propre navette et demanda à rencontrer Findol. J’ai accepté cette seconde requête à condition d’être présent lors de leur entretien.

    Elle s’est également intéressée assez rapidement au fonctionnement du VoidGazer. Arthuros s’est chargé d’une bonne partie des explications concernant le bord, ses habitudes, son organisation et les principaux responsables. Sa mémoire en fait un excellent intermédiaire pour ce genre de présentation, et il s’en est bien acquitté.

    J’ai moi-même présenté Elkia’fel à plusieurs officiers, notamment Trizzula. Elles ont rapidement trouvé des sujets communs dans les domaines stratégiques et plusieurs échanges se sont révélés prometteurs. J’encouragerai cette coopération tant qu’elle reste utile aux deux parties.

    Elkia’fel a également été invitée à ma table. Maeve Weissman était présente lors de l’un de ces repas et s’est montrée visiblement mal à l’aise. Je lui ai expliqué qu’une personne appelée à servir une Maison comme la nôtre doit apprendre à traiter dignement tous ses interlocuteurs, y compris ceux dont les coutumes et l’apparence lui sont étrangères. Elle rencontrera probablement d’autres Aeldaris au cours de sa vie. Elle doit apprendre à les considérer comme tels, et non comme une abstraction commode.

    Le premier passage dans le Warp a confirmé que le voyage lui était aussi pénible qu’à Findol. Cela n’a rien de surprenant compte tenu de leur nature. Elle a d’ailleurs commencé à réaliser une étude comparative des différences biologiques et médicales entre humains et Aeldaris. L’initiative peut s’avérer utile au personnel médical du bord, et je souhaite que les résultats exploitables puissent être conservés.

    Pour l’instant, la présence d’Elkia’fel est bénéfique. Elle s’intègre mieux que je ne l’aurais supposé et ses compétences sont manifestes.

    Je conserve néanmoins une réserve simple.

    Je sais pourquoi Ulthwé affirme qu’elle doit être ici.

    Je ne sais toujours pas pourquoi elle doit réellement l’être.