La représentante d’Ulthwë

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Nous avons reçu une transmission utilisant une accréditation ancienne, parfaitement valide, déjà employée à plusieurs reprises auprès de mon père, Viggo Vaevictis, et peut-être avant lui. Le message provenait d’un bâtiment d’Ulthwé. Le prophète Asado Sar sollicitait une entrevue.

Arthuros a accueilli cette demande avec nettement moins de sérénité que moi. Il aurait préféré que la rencontre ait lieu dans un hangar, dans un espace facile à contrôler et à isoler. J’ai choisi l’observatoire. Les Aeldaris avaient déjà entretenu des échanges réguliers avec mon père et leur demande était formulée avec les égards nécessaires. Il me paraissait donc plus cohérent de les recevoir comme une délégation respectée plutôt que comme une menace tolérée à bord.

Je voulais également que cette rencontre ait lieu sous l’œil du VoidGazer.

Asado Sar est arrivé accompagné de plusieurs Vengeurs et d’un autre Aeldari portant une armure tirant vers le vert sombre, que j’ai supposé être un officier ou un responsable militaire. Le prophète lui-même portait une longue lance. Il a commencé l’entretien en me serrant la main.

Le geste m’a surpris davantage que son escorte.

Il m’a expliqué qu’il le tenait de mon père, qui lui avait appris qu’il s’agissait chez nous d’une manière d’entériner un échange. Le détail pouvait paraître anodin, mais il confirmait quelque chose d’important : les relations entre Ulthwé et la Maison Vaevictis avaient manifestement été plus suivies que je ne le supposais.

Arthuros, de son côté, avait tenté de sonder le prophète par psyniscience. Il m’a décrit ensuite une sensation singulière. Rien qui puisse être qualifié de parole ou de télépathie, mais l’impression immédiate et désagréable d’avoir été remarqué dans sa tentative, comme si quelqu’un avait simplement tourné son regard vers lui et demandé, sans mots : que regardes-tu ?

J’ai retenu l’information.

Asado Sar a présenté sa venue comme une offre d’aide, mais également comme une faveur qu’il nous demandait. Selon lui, la région de Koronus allait prochainement connaître d’importants remous. Il a évoqué les forces du Chaos, la proximité de l’Œil de la Terreur et les Orks, sans fournir d’abord beaucoup de détails. Lorsque je lui ai demandé d’être plus précis, il a finalement livré une information qu’il ne partageait manifestement pas à la légère : Eldrad Ulthran aurait prédit qu’Ulthwé devrait retourner près de l’Œil.

La conséquence pratique était plus importante que la prophétie elle-même. Ulthwé allait se retirer, au moins en partie, de la région.

Or, une autre prédiction indiquait que des troubles continueraient ici en leur absence.

C’est alors qu’Asado Sar m’a présenté Elkia’fel.

Il souhaitait que nous la prenions avec nous. Il expliqua qu’elle devait nous accompagner « vers sa destinée », mais ajouta aussitôt que cette destinée rejoignait également la mienne, celle de l’équipage et, surtout, celle du VoidGazer.

Cette dernière précision fut assez spécifique pour que je la note mot pour mot.

J’ai naturellement demandé ce qu’Ulthwé attendait en retour. Asado Sar n’a jamais réellement répondu. La menace à venir viserait l’humanité et, selon lui, le simple fait de laisser Elkia’fel dans la région constituait déjà une aide de leur part. Il affirmait qu’elle était particulièrement compétente et qu’elle saurait nous assister sur le terrain.

Je ne doute pas qu’Ulthwé tire également quelque chose de cet arrangement.

Ce qu’ils espèrent exactement reste inconnu.

Le contenu de la prophétie ne m’a pas été révélé et Elkia’fel elle-même n’en connaît apparemment qu’une partie. Elkia’fel résuma sa position par une formule : nul besoin de connaître tous les détails lorsque l’on suit la bonne voie.

C’est une manière élégante de demander beaucoup de confiance sans en fournir les moyens.

J’ai néanmoins accepté.

Elkia’fel a immédiatement précisé qu’elle ne souhaitait pas être placée sous mes ordres. Cela ne me posait aucun problème. Je lui ai seulement demandé de ne pas interférer directement avec mes hommes ni avec la chaîne de commandement du bâtiment. Toute question concernant l’équipage devait passer par moi. Nous nous sommes rapidement trouvés d’accord sur ce principe, ainsi que sur plusieurs autres considérations concernant l’autorité, les responsabilités et la liberté d’action.

Ce fut plutôt rassurant.

J’ai demandé à Asado Sar ce qu’il attendait de moi si quelque chose devait arriver à Elkia’fel. Sa réponse fut de faire en sorte qu’elle soit protégée.

Je ne compte pas lui accorder un statut supérieur à celui des autres personnes dont j’ai la responsabilité au seul motif d’une prophétie que l’on refuse de m’expliquer. Je lui accorderai en revanche la même attention qu’à chacun d’eux.

Avant son départ, Asado Sar évoqua encore deux éléments. Il parla d’abord d’une menace considérable provenant, selon ses propres termes, de « gens de sa race qui n’ont pas eu énormément de chance ». Il précisa que cela ne devait pas survenir immédiatement. La formulation est trop vague pour être utile pour l’instant.

Il parla ensuite de ma lignée.

Selon lui, elle connaîtrait son lot de tourments.

Il mentionna également un « astre noir ».

À ce moment-là, ces mots ne signifiaient rien pour moi. La remarque était toutefois suffisamment personnelle pour être conservée.

Asado Sar et son escorte repartirent ensuite. Elkia’fel resta à bord.

Ses premières demandes furent relativement modestes. Elle souhaitait dormir dans sa propre navette et demanda à rencontrer Findol. J’ai accepté cette seconde requête à condition d’être présent lors de leur entretien.

Elle s’est également intéressée assez rapidement au fonctionnement du VoidGazer. Arthuros s’est chargé d’une bonne partie des explications concernant le bord, ses habitudes, son organisation et les principaux responsables. Sa mémoire en fait un excellent intermédiaire pour ce genre de présentation, et il s’en est bien acquitté.

J’ai moi-même présenté Elkia’fel à plusieurs officiers, notamment Trizzula. Elles ont rapidement trouvé des sujets communs dans les domaines stratégiques et plusieurs échanges se sont révélés prometteurs. J’encouragerai cette coopération tant qu’elle reste utile aux deux parties.

Elkia’fel a également été invitée à ma table. Maeve Weissman était présente lors de l’un de ces repas et s’est montrée visiblement mal à l’aise. Je lui ai expliqué qu’une personne appelée à servir une Maison comme la nôtre doit apprendre à traiter dignement tous ses interlocuteurs, y compris ceux dont les coutumes et l’apparence lui sont étrangères. Elle rencontrera probablement d’autres Aeldaris au cours de sa vie. Elle doit apprendre à les considérer comme tels, et non comme une abstraction commode.

Le premier passage dans le Warp a confirmé que le voyage lui était aussi pénible qu’à Findol. Cela n’a rien de surprenant compte tenu de leur nature. Elle a d’ailleurs commencé à réaliser une étude comparative des différences biologiques et médicales entre humains et Aeldaris. L’initiative peut s’avérer utile au personnel médical du bord, et je souhaite que les résultats exploitables puissent être conservés.

Pour l’instant, la présence d’Elkia’fel est bénéfique. Elle s’intègre mieux que je ne l’aurais supposé et ses compétences sont manifestes.

Je conserve néanmoins une réserve simple.

Je sais pourquoi Ulthwé affirme qu’elle doit être ici.

Je ne sais toujours pas pourquoi elle doit réellement l’être.

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