La Maison de poussière et de cendres

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J’ai été convoqué à la Cour de la Chancellerie par l’Inquisiteur Silas Maar pour un entretien privé. Mon Mandat m’autorisait théoriquement à refuser. Cette distinction n’avait aucune utilité pratique. Contrarier gratuitement un Inquisiteur est rarement une manière productive d’exercer son indépendance.

La demande était simple en apparence. Une vente aux enchères devait se tenir dans la Maison de Poussière et de Cendre, nécropole réservée aux hauts dignitaires de Solomon et, notamment, à la maison Haarlock. Certains des agents de l’Inquisition devaient s’y rendre pour leurs propres investigations. Ma présence leur fournirait une couverture cohérente : ils seraient présentés comme membres de ma suite. En retour, Mayweather devait me fournir les informations dont il disposait concernant la vente et ses participants.

L’arrangement me convenait. Il servait les intérêts de l’Inquisition sans placer ses agents sous une lumière inutile et me permettait d’observer une transaction portant sur des objets suffisamment rares pour justifier mon attention. Je n’avais alors aucune raison de considérer Haarlock autrement que comme le nom d’une dynastie disparue.

Nous avons rejoint la Maison à bord d’un transport antigravitaire nommé Le Cygne. J’en retiens deux choses : le modèle mérite d’être étudié pour une acquisition future et son équipage supporte correctement une attaque pirate. Lorsque nous avons été abordés, j’ai pris une part plus directe que prévu à la coordination de la défense. Le capitaine m’en remercia ensuite et nous avertit de l’existence des « Pleureurs ». Je n’accordai pas à cette information l’importance qu’elle méritait.

Cisten Lanus, antiquaire présent à bord, choisit de profiter de notre groupe et de sa sécurité pour poursuivre le trajet avec nous. Je n’avais aucune raison particulière de lui faire confiance. Il était cependant préférable de savoir où il se trouvait. Cette conclusion reste valable. Il a survécu et a acquis plusieurs pièces dont la provenance et l’usage peuvent justifier une surveillance future.

La Maison elle-même aurait dû suffire à éveiller davantage de prudence. Certaines de ses structures relevaient manifestement davantage de la fortification que du monument funéraire. Une porte en particulier présentait une conception défensive disproportionnée à sa fonction apparente. Les chambres étaient contrôlées individuellement par badges magnétiques. La vente se tenait sous une vaste coupole, entourée de dispositifs de sécurité et de membres des forces de défense planétaires. Les invités devaient déposer l’essentiel de leurs armes.

J’ai pourtant considéré l’ensemble comme une démonstration de richesse et de paranoïa aristocratique. Cette interprétation était insuffisante.

La vente rassemblait des objets impériaux, archéotechnologiques et xenos dont plusieurs auraient normalement justifié davantage qu’une simple expertise commerciale. Certains ne pouvaient même pas être examinés avant leur acquisition. Le système d’enchères encourageait manifestement moins l’évaluation que la convoitise.

J’ai acquis un Baiser d’Harlequin, un fragment d’épaulière d’Astartes portant un crâne noir aux dents prononcées, un folio relié en cuir xenos, une Navis Prima capable de conserver durablement des données et un pistolet laser archéotechnologique associé à l’héraldique Haarlock : une araignée dorée accompagnée du soleil noir de Comus.

Les autres enchérisseurs se montrèrent tout aussi actifs. Lanus acquit notamment un ancien équipement spatial et un Élucidateur. Magyar concentra son intérêt sur plusieurs armes et objets susceptibles d’avoir une utilité pratique. Omnell acheta différents artefacts, dont une poupée dont je préfère encore ne pas tirer de conclusion. D’autres objets furent dispersés entre les participants, dont des armes digitales jokaero, des reliques impériales, des ouvrages anciens et plusieurs pièces xenos.

Le « portrait non identifié » mérite une mention distincte.

Lors de sa présentation, il semblait représenter un homme pouvant être Erasmus Haarlock. La gravure portée sur son cadre indiquait : le miroir de mon sang.

Plus tard, le visage représenté avait changé.

Il me ressemblait.

Je n’ai toujours pas d’explication satisfaisante à ce phénomène.

Peu après, la Veuve Dorée fut interrogée. L’automate délivra ce qui ressemblait à une divination concernant un « Voyageur » et un « Héritier ». Je n’ai aucune raison rationnelle d’affirmer que ce dernier terme me désignait. J’ai néanmoins eu la certitude qu’il s’adressait à moi.

Cette distinction me déplaît.

La Veuve réclama le sang de l’Héritier. Un calice était disposé devant elle à cet effet. Je décidai qu’aucune circonstance ne justifiait de satisfaire une machine inconnue qui réclamait mon sang à l’intérieur du mausolée d’une dynastie disparue.

Cette décision demeure l’une des plus simples de toute l’affaire.

L’attaque des Pleureurs commença immédiatement après la divination. Ils frappèrent sans distinction apparente. La vente cessa alors d’être une transaction et devint une opération de survie. Nous avons tenté de rassembler les participants et d’établir une défense cohérente. Tous ne jugeaient pas nécessaire de suivre une direction commune.

Ce comportement reste incompréhensible dans une situation où la coordination augmente objectivement les chances de survie.

Nous avons tenu.

L’évacuation fut plus difficile. Les différentes factions poursuivaient désormais leurs propres intérêts, certains cherchant encore à récupérer leurs acquisitions ou d’autres objets présents dans la Maison. Nous sommes demeurés avec Magyar pendant une partie de la fuite. Son comportement confirma ce que ses achats trahissaient : il possède l’instinct d’un chasseur davantage que celui d’un marchand. Il repéra notamment une clé sur le meneur des Pleureurs qui nous permit de progresser.

Nous n’avons pas récupéré tous les objets qui auraient pu présenter un intérêt. Je considère cela comme une décision correcte. Une acquisition n’a aucune valeur si sa récupération réduit inutilement les chances de quitter les lieux.

Nous n’avons pas davantage donné mon sang à la Veuve Dorée.

Les souterrains nous permirent finalement de rejoindre le port. Omnell neutralisa un dispositif défensif et créa un passage au travers du bouclier qui nous isolait encore. Nous avons quitté l’île par bateau peu avant l’éruption qui détruisit l’essentiel du complexe. Une dernière confrontation avec Octavia Nile et ses complices sur le retour survint.

La Maison de Poussière et de Cendre n’existe plus sous la forme dans laquelle nous l’avons découverte.

Ses conséquences, elles, demeurent.

Les agents confiés à ma couverture ont été ramenés vivants et en état de rendre compte à leur maître. Silas Maar n’a formulé aucune objection concernant les objets que j’ai conservés. Je considère son silence comme une autorisation pratique, pas comme une garantie quant à leur innocuité.

J’ai également tenu une promesse faite pendant les combats. Cassopeia de Tolos avait accepté qu’en cas de survie je lui offre une robe et un dîner à bord du VoidGazer. Les deux lui ont été accordés. Il n’existait aucune intention sentimentale derrière cette invitation. Je réfléchissais déjà à la possibilité de lui proposer une fonction au service de la Maison ; mélanger ces deux domaines aurait été inutilement maladroit.

L’objectif confié par Saar peut donc être considéré comme atteint : ses acolytes ont pu agir sous la couverture de ma suite et leur présence à mes côtés est désormais suffisamment établie pour qu’une collaboration ultérieure ne paraisse pas incongrue. Je m’interroge toutefois sur l’étendue des connaissances généalogiques de l’Inquisiteur.

Je retiens cependant autre chose de cette opération.

J’étais venu à Solomon pour observer une vente.

J’en suis reparti avec plusieurs artefacts, une relation renforcée avec l’Inquisition et la certitude désagréable qu’une dynastie disparue depuis des générations semblait avoir anticipé ma présence.

J’ai longtemps considéré les héritages comme ce que les morts transmettent volontairement aux vivants.

Je ne suis plus certain que cette définition soit suffisante.

Certains semblent simplement attendre qu’un héritier passe à portée.

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